— Maman, souffla-t-il, mon sucre d’orge…
— Tout à l’heure ! dit Denise en l’entraînant.
Des commères jacassaient sur le seuil des portes. Connue de la plupart, saluée par toutes, la jeune femme se rendit compte, passé les premières, qu’elle allait éveiller la curiosité. Elle craignit les questions de cet intérêt qui sert de masque à l’indiscrétion villageoise et s’imposa de modérer sa trop vive allure. Claude en profita pour réfléchir. Les maisons du mercier, de l’épicier, des autres fournisseurs de moindre importance chez lesquels on l’avait quelquefois conduit, ne semblaient pas l’une plus que l’autre attirer sa mère. Elle lui avait parlé d’une emplette d’œufs et s’éloignait de l’endroit où il s’en vendait. Où donc allait enfin s’arrêter cette course ? L’extrémité du village était atteinte, et pourtant le grand pas s’allongeait toujours, le visage continuait à l’intimider par son expression résolue. Lorsqu’il se vit assis, sur un banc grossier, dans la petite gare peinte en brun qui se dressait, tendue d’affiches, sur le bord des rails, son malaise se compliqua d’une appréhension.
— Maman, demanda-t-il, où allons-nous ?
— A Marseille, mon chéri, répondit Denise.
— Pour quoi faire, à Marseille ?
— Tu le verras !
Il leva brusquement sa face inquiète et fixa sur sa mère un regard si dur qu’elle détourna les yeux et faillit pleurer.
— Et Mademoiselle ? interrogea-t-il de nouveau, mais sur un ton presque indigné, gonflé de rancune, où le dépit de voir braver cette puissante figure l’emportait manifestement sur la crainte.
— Ne t’occupe pas de Mademoiselle, tu es avec moi.