Les premiers temps de son séjour, par routine d’abord, puis, incertaine de la tournure que prendraient les choses, par désir de se garder quelques sympathies, elle avait continué d’entretenir, tant avec des personnes d’un commerce utile qu’avec de rares amies faites en Angleterre, une correspondance importante. Le succès définitif de ses entreprises l’avait interrompue presque subitement. Ce n’était certes pas pour son plaisir qu’elle consacrait, chaque semaine, plusieurs soirées à assurer de sa tendresse des indifférentes ou à répondre, avec la prolixité qu’elles exigent, à d’intarissables épistolières britanniques. Aussitôt libre d’en secouer l’assujettissement, elle s’était libérée de cette contrainte. De courts billets avaient succédé aux lettres, puis le silence en dépit de pressants rappels.

La seule à n’avoir pas été comprise dans cette proscription était sa vieille cousine, Mme Ardant. De celle-ci, pauvre et simple, indulgente et grave, Lola, bien que souvent elle l’eût contristée, pouvait dire sans mensonge qu’elle lui était chère. Son dévouement inaltérable et sa modestie en avaient fait pour elle, dès son enfance, une espèce de sainte domestique. Elle aurait confondu cette honnête parente en la mettant dans le secret de son aventure. Mais elle lui écrivait avec joie qu’elle était heureuse. C’était comme lui payer la rente légitime de l’humble effort qu’elle avait fait pour qu’elle le devînt. Une lettre à son adresse était expédiée de Luynes chaque lundi et la réponse, analytique comme un mémorial, en était toujours lue avec intérêt. A part, de loin en loin, timidement avouée, quelque difficulté pécuniaire de mince importance, la vieillesse effacée de Mme Ardant s’écoulait sans complications d’aucune sorte. Elle avait un matou et une belle-sœur : et tantôt son matou l’accompagnant, tantôt sa belle-sœur la suivant, elle partageait son temps entre la campagne, où cette dernière possédait une petite maison, et ses deux chambres sur la cour de la rue des Dames dont le matou, gras et fourré, était le vrai maître.

Un matin de février, sous un pâle soleil, Georges se promenait au bord du ruisseau lorsqu’il vit venir la jeune femme. Elle marchait d’un pas vif et semblait inquiète.

Lui montrant une lettre, elle lui dit :

— Ma cousine est souffrante. Elle me réclame. J’ai l’intention de partir aujourd’hui même.

— Pour quoi faire ? murmura-t-il dans son saisissement.

— Sans doute pour la soigner !

— Alors, et moi ?

Le bref éclat de rire dont elle fut saluée lui fit sentir l’impertinence de cette répartie.

— Vous figurez-vous, par hasard, que vous comptez seul ?