Il garda le silence quelques instants. Cette nouvelle inattendue le déconcertait, ouvrait dans son esprit comme un trou plein d’ombre au fond duquel ne s’agitait aucune solution. Levant ensuite les yeux et domptant son trouble, il déclara à sa maîtresse qu’il comptait la suivre.

— Vraiment ! fit-elle.

— Oui. Pourquoi pas ?

— Dans un village perdu, c’est une idée !… Et le retour, après nous serait facile !

— Mais que vais-je devenir en votre absence ?

— Vous essaierez de montrer du caractère, occupation assez nouvelle pour vous absorber, et vous attendrez dans la retraite que je vous revienne.

En vain supplia-t-il, évoquant Denise, insistant sur les dangers d’une séparation. Elle se bornait à sourire sans rien céder. Sa confiance dans l’empire qu’elle avait sur lui, la perspective d’une arrivée plutôt scandaleuse dans la bourgade insignifiante de Basse-Normandie où résidait alors Mme Ardant, suffisaient à la rendre inébranlable. Georges, de son côté, trouvait naturel qu’elle répondît négativement à son insistance. Il la prolongeait par devoir. Mais si, moins opiniâtre, elle avait fléchi, son embarras eût été tel qu’évoluant soudain il aurait repris contre elle toutes ses objections.

Elle espérait que son absence serait assez brève, la lettre qu’elle venait de recevoir n’étant pas, à proprement parler, alarmante. Cependant, la bonne dame était fort âgée. L’accès de grippe, même bénin, dans ce corps chétif, traînerait peut-être en longueur. Lola, dans tous les cas, ne repartirait que la santé de la malade ne fût en bonne voie. Elle fit promettre à Georges de lui écrire, et non à l’occasion, quand il s’ennuierait, mais tous les jours, régulièrement, et au moins huit pages. Il s’y engagea d’un air triste.

— Voilà de l’enthousiasme ! dit la jeune femme. Que diriez-vous, demanda-t-elle pour le taquiner, si je vous quittais pour toujours ?

Il inclina la tête et répondit :