C’était la première fois, depuis son départ, qu’elle osait faire allusion à l’institutrice. Sans doute fût-elle troublée, car elle rougit. Mais Georges continuait à fumer sans hâte et rien ne décelait dans son attitude qu’il eût pris la remarque en mauvaise part. Elle résolut de profiter de son avantage.

— Es-tu toujours satisfait du travail de Claude ? demanda-t-elle pour ne pas laisser tomber l’entretien et sans savoir où la conduirait cette question.

— Oui, répondit-il. C’est un bon petit garçon. Il s’applique.

— Tel n’était pas l’avis de Mlle Dimbre !

— Elle a eu le mérite de le former.

— Je connais Claude, dit Denise avec douceur. Je le connaissais même avant Mademoiselle… On aurait pu, je t’assure, le rendre docile sans recourir aux moyens dont elle s’est servie.

— C’est facile à dire après coup ! Quand son institutrice l’a pris en main, Claude tournait au cancre. Elle a peut-être, par nature et piquée au jeu, réagi un peu sévèrement, mais ce qu’il faut considérer pour juger ses actes ce sont les résultats qu’elle a obtenus.

Denise fixa sur son mari un regard ardent.

— Hélas ! s’écria-t-elle en joignant les mains, si tu les voyais tous comme je les vois !

Les vibrations de cette réplique n’étaient pas éteintes qu’elle en mesurait la portée. Elle détourna la tête, rougit encore. Un lourd silence tomba entre les époux.