Note 87:[ (retour) ] V. Son Essai contre l'esclavage, publié en 1788 à Baltimore.
Les habitans de la Basse-Pointe et du Carbet, parroisses de la Martinique, plus véridiques que d'autres colons, avouoient, en 1778, «que la religion seule donnant l'espérance d'un meilleur avenir, fait supporter patiemment aux Nègres un joug si contraire à la nature, et console ce peuple qui ne voit dans le monde que du travail et des châtimens[88]».
A Batavia on s'abonne, à tant par année, pour faire fouetter en masse les esclaves, et sur le champ on prévient la gangrène, en couvrant les plaies de poivre et de sel: c'est Barrow qui nous l'apprend[89]. Son compatriote, Robert Percival, observe, à cette occasion, que les esclaves, cruellement traités à Batavia, et dans les autres colonies hollandaises qui sont à l'est, n'ayant aucun abri contre la férocité des maîtres, ne pouvant espérer aucune justice des tribunaux, se vengent sur leur tyrans, sur eux-mêmes et sur l'espèce humaine dans ces courses homicides nommées Mocks, plus fréquentes dans ces colonies qu'ailleurs[90].
Note 88:[ (retour) ] V. Lettre d'un Martiniquais à M. Petit, sur son ouvrage intitulé: Droit public du grouvernement des colonies françaises, in-8°, 1778.
Note 89:[ (retour) ] Voyage de la Cochinchine, par Barrow, t. II, p. 98, 99.
Note 90:[ (retour) ] Voyage à l'île de Ceylan, par Robert Percival, traduit par P.F. Henry, 1803, Paris, t. I, p. 222 et 223.
On enfleroit des volumes par le récit des forfaits dont ils ont été les victimes. Quand les partisans de l'esclavage ne peuvent les nier, ils se retranchent à dire que déjà ils sont anciens, et que rien de pareil dans ces derniers temps ne souille les annales des colonies. Certainement il est des planteurs respectables sous tous les rapports, que l'inculpation de cruauté ne peut atteindre; et comme on laisse à chacun la faculté de se placer dans les exceptions, si quelqu'un se récrioit comme s'il étoit attaqué nominativement, avec Erasme, on lui répondroit que par là même il dévoile sa conscience[91]. Cependant elle est assez moderne l'anecdote du capitaine négrier, qui, manquant d'eau, et voyant la mortalité ravager sa cargaison, jetoit par centaines des Nègres à la mer. Il est récent le fait d'un autre capitaine qui, ennuyé des cris de l'enfant d'une Négresse, l'arrache du sein maternel, et le précipite dans les flots: les gémissements continuels de la pauvre mère remplacèrent ceux de l'enfant, et si elle n'éprouva pas le même traitement, c'est parce que ce négrier espéroit en tirer bon parti par la vente. Je suis persuadé, dit John Newton, que toutes les mères dignes de ce nom déploreront son sort. Le même auteur raconte qu'un autre capitaine, ayant apaisé une insurrection, s'exerça long-temps à rechercher les genres de supplices les plus rafinés, pour punir ce qu'il appeloit une révolte[92].
Note 91[ (retour) ] Qui se læsum clamabit in conscientiam suam prodel.
Note 92:[ (retour) ] V. Thoughts upon the african slave-trade, by John Newton, rector, etc. 2e édit. in-8°, London 1788, p. 17 et 18.
C'est en 1789 que de Kingston en Jamaïque, on écrivoit: «Outre les coups de fouet par lesquels on déchire les Nègres, on les musèle pour les empêcher de sucer une de ces cannes à sucre arrosées de leurs sueurs, et l'instrument de fer avec lequel on leur comprime la bouche, empêche encore d'entendre leurs cris lorsqu'on les fouette[93]».