Note 93:[ (retour) ] V. American Museum, in-8°, Philadelphie 1789, t. VI, p. 407.

La crainte qu'inspirèrent les Marrons de la Jamaïque, en 1795, fit trembler les planteurs. Un colonel Quarrel offre à l'assemblée coloniale d'aller à Cuba chercher des meutes de chiens dévorateurs; sa proposition est accueillie avec transport. Il part, arrive à Cuba, et dans le récit de cette infernale mission, s'intercale la description d'un bal que lui donne la marquise de Saint-Philippe. Il revient à la Jamaïque avec ses chiens et ses chasseurs, qui, heureusement, ne servirent pas, parce qu'on fit la paix avec les Marrons. Mais on doit savoir gré de leur intention à ces planteurs, qui payèrent largement les chasseurs, et votèrent des remerciemens, des récompenses au colonel Quarrel, dont le nom à jamais abhorré doit figurer à côté de Phalaris, Mezeuse, Néron, etc. Je le demande avec douleur, mais la vérité est plus respectable que les individus; malgré les témoignages qui déposent en faveur du caractère de Dallas, que faut-il penser d'un homme lorsqu'il se constitue l'apologiste de cette mesure? Il n'y a selon lui que des archisophistes qui puissent la censurer. «Les Asiatiques n'ont-ils pas employé des éléphans à la guerre? La cavalerie n'est-elle pas usitée chez les nations d'Europe? Si un homme étoit mordu par un chien enragé, se feroit-il scrupule de retrancher la partie attaquée pour épargner le tout, etc.»? Mais qui sont les mordans et les enragés, sinon ceux qui, dévorés par l'avarice, foulant aux pieds dans les deux Mondes toutes les loix divines et humaines, ont arraché d'Afrique et opprimé en Amérique de malheureux esclaves. Il est donc vrai que toujours la soif de l'or, du pouvoir, rend les hommes féroces, altère leur raison et anéantit tout sentiment moral. Si les circonstances les forcent à être justes, ils vantent comme des bienfaits les actes que le nécessité leur arrache. Colons, si vous aviez traînés hors de vos foyers pour subir le même sort qu'eux, à leur place que penseriez-vous? que feriez-vous? Bryant-Edwards avoit peint les Nègres comme des tigres; il les avoit accusés d'avoir égorgé des prisonniers, des femmes enceintes, des enfans à la mamelle, Dallas, en le réfutant, se combat lui-même, et, sans le vouloir, détruit encore par les faits, les paralogismes allégués pour justifier l'emploi des chiens dévorateurs[94].

Note 94:[ (retour) ] V. ces horribles détails dans Dallas, t. II, lettre 9, p. 4 et suiv.

Plût à Dieu que les flots eussent englouti ces meutes antropophages, stylées et dirigées par des hommes contre des hommes. J'ai ouï assurer que, lors de l'arrivée des chiens de Cuba à Saint-Domingue, on leur livra, par manière d'essai, le premier Nègre qui se trouva sous la main. La promptitude avec laquelle ils dévorèrent cette curée, réjouit des tigres blancs à figure humaine.

Wimphen, qui écrivoit pendant la révolution, déclare qu'à Saint-Domingue les coups de fouet et les gémissements remplaçoient le chant du coq[95]. Il parle d'une femme qui fit jeter son cuisinier nègre dans un four, pour avoir manqué un plat de pâtisserie. Avant elle, un planteur, nommé Chaperon, avoit fait la même chose[96].

Note 95:[ (retour) ] Wimphen, t. I, p. 128.

Note 96:[ (retour) ] V. Voyage aux Indes occidentales, par Bossu, 1769, Amsterdam, p. 14.

Les inombrables dépositions faites à la barre du parlement britannique, ont dévoilé jusqu'à l'évidence les crimes des planteurs. De nouveaux développemens ont encore ajouté, s'il est possible, à cette évidence par la publication de l'ouvrage anonyme, intitulé: les Horreurs de l'esclavage[97], et plus récemment encore, par les Voyages de Pinckard[98] et de Robin. En lisant ce dernier, on voit que beaucoup de femmes créoles ont abjuré la pudeur et la douceur qui sont l'héritage patrimonial de leur sexe. Avec quelle effronterie cynique elles vont dans les marchés, visiter, acheter des Nègres nus, et qu'on transporte dans les ateliers sans leur donner de vêtemens; pour se couvrir, ils sont réduits à se faire des ceintures de mousse. Robin reproche encore aux femmes créoles de renchérir sur les hommes en cruauté. Les Nègres condamnés au fouet sont attachés face contre terre, entre quatre piquets. Elles voient sans émotion le sang ruisseler, et les longues lanières de peau se lever sur le corps de ces malheureux. Les Négresses enceintes ne sont pas exemptes de ce suplice; on prend seulement la précaution de creuser la terre dans l'endroit où doit être placé le ventre. Témoins journaliers de ces horreurs, les enfans blancs font leur apprentissage d'inhumanité en s'amusant à tourmenter les Négrillons[99]. Et cependant, quoique le cri de l'humanité s'élève de toutes parts contre les forfaits de la traite et de l'esclavage, quoique le Danemark, l'Angleterre, les États-Unis repoussent l'une et l'autre, on ose chez nous en solliciter le rétablissement[100], malgré les décrets rendus, et ces mots de la proclamation du Chef de l'État, aux Nègres de Saint-Domaingue: «Vous êtres tous égaux et libres devant Dieu et devant la République».

Note 97:[ (retour) ] The Horrors of the negro slavery existing in our West-Indian islands, irrefragabily demonstred from official documents recently presented to the house of Commons, in-8°, London 1805.

Note 98:[ (retour) ] Notes on the West-Indies, etc., by G. Pinckart.