Note 99:[ (retour) ] V. T.L., p. 175 et suiv.

Note 100:[ (retour) ] Un anonyme a même publié un pamphlet sous ce tire: De la nécessité d'adopter l'esclavage, en France, comme moyens de prospérité pour les colonies, de punition pour les coupables, etc., in-8°, Paris 1797.

Ces pamphlétaires parlent sans cesse des malheureux colons, et jamais des malheureux Noirs. Les planteurs répètent que le sol des colonies a été arrosé de leurs sueurs, et jamais un mot sur les sueurs des esclaves. Les colons peignent avec raison comme des monstres les Nègres de Saint-Domingue, qui usant de coupables représailles, ont égorgé des Blancs, et jamais ils ne disent que les Blancs ont provoqué ces vengeances, en noyant des Nègres, en les faisant dévorer par des chiens. L'érudition des colons est riche de citations en faveur de la servitude; personne mieux qu'eux ne connoît la tactique du despotisme. Ils ont lu dans Vinnins, que l'air rend esclave; dans Fermin, que l'esclavage n'est pas contraire à la loi naturelle[101]; dans Beckford, que les Nègres sont esclaves par nature[102]. Ce Hilliard-d'Auberteuil, que les ingrats colons firent périr dans un cachot, parce qu'il fut soupçonné d'affection pour les Mulâtres et Nègres libres, avoir écrit: «L'intérêt et la sûreté veulent que nous accablions les Noirs d'un si grand mépris que quiconque en descend jusqu'à la sixième génération, soit couvert d'une tache ineffaçable[103]». Barre-Saint-Venant regrette qu'on ait détruit l'opinion de la supériorité du Blanc[104]. Félix Carteau, auteur des Soirées Bermudiennes, met en axiome cette inaltérable suprématie de l'espèce blanche, cette prééminence qui est le palladium de notre espèce[105]. Il attribue la ruine de Saint-Domingue à l'orgueil et aux prétentions prématurées des gens de couleur, au lieu de l'attribuer à l'orgueil et aux prétentions immodérées des Blancs. «L'auteur d'un Voyage à la Louisiane, vers la fin du dernier siècle, veut perpétuer l'heureux préjugé qui fait mépriser le Nègre comme destiné à être esclave[106]». Cuirassés de ces blasphèmes, ils demandent impudemment qu'on forge de nouveaux fers pour les Africains. L'écrivain qui a publié «l'Examen de l'esclavage en général, et particulièrement de l'esclavage des Nègres dans les colonies françaises», semble croire que les Nègres ne reçoivent la vie qu'à condition d'être asservis, et il prétend qu'eux-mêmes voteroient pour l'esclavage[107]. Il regrette le temps où l'ombre du Blanc faisoit marcher les Nègres. Prédicateur de l'ignorance, il ne veut pas que le peuple s'instruise, et il honore de sa critique Montesquieu, qui a osé ridiculisé l'infaillibilité des colon. Belu, qui veut ramener ce régime abhorré, déclare qu'à coups de fouets on lacéroit les Nègres; on prévenoit, dit-il, les suites de ce déchirement en versant sur les plaies une espèce de saumure, qui étoit un surcroît de douleur, et qui guérissoit promptement[108]. Ce fait est concordant avec ce qu'on vient de lire sur Batavia. Mais rien n'égale ce qu'a écrit dans ses prétendus Egaremens du négrophilisme[109], un nommé de Lozières, qu'il faut considérer seulement comme insensé, pour se dispenser de croire pis. «Il assure textuellement que l'inventeur de la traite mériteroit des autels[110]; que par l'esclavage on fait des hommes dignes du ciel et de la terre[111]». Il convient toutefois que des capitaines négriers ayant des esclaves attaqués de maladies cutanées, ce qui pourroit nuire à la vente de leur cargaison, leur donnent des drogues pour répercuter ces humeurs, dont le développement plus tardif produit ensuite des ravages horribles[112].

Note 101:[ (retour) ] V. Dissertation sur la question, s'il est permis d'avoir en sa possession des esclaves, et de s'en servir comme tels dans des colonies de l'Amérique, par Philippe Fermin, in-8°, Mastrich 1776.

Note 102:[ (retour) ] V. Descriptive account of the island of Jamaica, etc., by Will Beckford, 2 vol. in-8°, London 1790, t. II, p. 382.

Note 103:[ (retour) ] V. Considérations sur l'état présent de la colonie française de Saint-Domingue, par H.D.L. (Hilliard-d'Auberteuil), in-8°, Paris 1777, t. II, p. 73 et suiv.

Note 104:[ (retour) ] V. Colonies modernes, etc.

Note 105:[ (retour) ] V. Les Soirées Bermudiennes, ou Entretien sur les événemens qui ont opéré la ruine de la partie française de Saint-Domingue, par F.C., un de ses précédens colons, in-8°, Bordeaux 1802, p. 60 et 66.

Note 106:[ (retour) ] V. Voyage à la Louisiane et sur le continent de l'Amérique, par B.D., in-8°, Paris 1802, p. 147 et 191.

Note 107:[ (retour) ] V. Examen, etc. par V.D.C., ancien avocat colon de Saint-Domingue, 2 vol. in-8°, Paris 1802.