Note 309:[ (retour) ] Deuteronome, XXIII, 15.
De l'Ancien Testament, l'auteur passe au Nouveau; il en discute les faits, les principes, et l'on sent quelle supériorité donne à ses argumens cette morale céleste, qui ordonne d'aimer le prochain comme nous mêmes, de faire à autrui ce que nous désirons pour nous. «Je voudrois, dit-il, en l'honneur du christianisme, que l'art odieux de voler les hommes eût été connu des païens[310]»; il devoit dire: pour l'honneur des chrétiens. La traite et l'esclavage des Nègres, est la plus grande iniquité qui déshonore le nom chrétien; maïs cette iniquité dont la religion gémit, ne l'inculpe pas plus que des prévarications des juges n'inculpent la justice.
Note 310:[ (retour) ] La langue anglaise est peut-être la seule qui, pour l'action de voler des enfans, ait un terme propre, kidnap, verbe, et ses dérivés.
«Le clergé, par son institution, est messager d'équité; il doit veiller sur la société, lui dévoiler ses erreurs, la ramener à la vérité, à la vertu, sinon les péchés publics frappent sur sa tête. Or, il est évident que les ecclésiastiques ne connoissent pas la vérité, ou qu'ils n'osent la dire; dès-lors ils entrent en partage des forfaits nationaux».
Il auroit pu ajouter que l'adulation et la lâcheté sont des vices sur lesquels le clergé de ces derniers siècles n'instruit presque jamais, et dont il a souvent donné l'exemple. On connoît la conduite et les réponses de S. Ambroîse à Théodose, de S. Basile au préfet Modeste; d'autres ont occupé leurs sièges, mais ont-ils eu beaucoup de successeurs? Quoique Bossuet fut, comme on l'a dit, non un prélat de cour, mais un prélat à la cour, peut-être eussent-ils pensé que sa réponse à la question de Louis XIV, sur la comédie, sentoit encore un peu le courtisan, et pas assez l'évêque.
Le bon Cugoano avoit vu partout des temples élevés au Dieu des chrétiens, et des pasteurs chargés de répéter ses préceptes; pouvoit-il croire que des enfans de l'Evangile fouleroient aux pieds la morale consacrée dans le livre dépositaire des oracles divins? il a eu trop bonne opinion des Européens, et cette erreur, qui honore son coeur, est pour eux une flétrissure de plus.
CAPITEIN (Jacques-Elisa-Jean), né en Afrique, fut acheté, à Page de sept ou huit ans, sur les bords de la rivière Saint-André, par un marchand négrier, qui en fit présent à l'un de ses amis. Celui-ci donna au jeune Nègre le nom de Capitein, le fit instruire et baptiser, et l'amena en Hollande, où il apprit la langue du pays, et se livra d'abord à la peinture, pour laquelle il avoit une grande inclination. Il fit ses premières études à La Haye. Mlle Roscam, pieuse et savante, qui, semblable à Mlle Schurman, s'occupoit beaucoup des langues, enseigna au jeune Africain le latin, et les élémens du grec, de l'hébreu, du chaldéen. De La Haye il passa à l'Université de Leyde, trouva partout des protecteurs zélés, et se livra à la théologie, sous d'habiles professeurs, avec l'intention de retourner dans son pays pour y porter la foi à ses compatriotes. Après avoir fait, ses cours pendant quatre ans, il prit ses grades, et fut envoyé, en 1742, comme missionnaire calviniste, à Elmina, en Guinée. Une gazette anglaise s'appuyant de l'autorité de Metzère, ministre de l'Evangile à Harlem, débitoit, comme bruit vague, que Capitein, retourné en Guinée, y avoit repris les moeurs idolâtres [311]. Cette anecdote est seulement adoucie dans une lettre que m'adresse de Vos, ministre mennonite d'Amsterdam, auteur de bons ouvrages contre l'esclavage des Nègres et le duel. Il prétend que Capitein, cité avec éloge avant son départ, et dont le portrait, gravé par Tanje d'après Van Dyck, circuloit dans toute la Hollande, ne soutint pas sa réputation; qu'à son retour en Europe, des bruits fâcheux se répandirent sur l'immoralité de sa conduite: on assure même, dit-il, qu'il n'étoit pas éloigné d'abjurer le christianisme. Si le premier article est vrai, le second devient probable; comme tant d'autres il se seroit fait incrédule pour s'étourdir sur les infractions à la morale évangélique. Cependant ces reproches sont-ils fondés? De Vos lui-même en atténue une partie par la manière douteuse dont il les énonce, et Blumenbach m'a écrit et répété que ses recherches ce lui avaient procuré aucun renseignement contre Capitein, dont il a fait graver le portrait dans ses recueils sur les variétés de figures humaines.
Note 311:[ (retour) ] V. le journal, the Merchant, n° 31, 14 août 1802.
Le premier ouvrage de noire Africain est une élégie en vers latins, sur la mort de Manger, ministre à La Haye, son maître et son ami. Je vais en citer le commencement, en y joignant une traduction libre.
ÉLÉGIE[312].