C'est sans doute la lecture d'Horace qui lui a suggéré de débuter, comme lui, par une pièce à Mécène[335] dont les poètes payèrent la protection par des flatteries. Leur bassesse fit oublier la sienne, comme Auguste, par l'emploi des mêmes moyens, fit oublier les horreurs du triumvirat.
Note 335:[ (retour) ] V. Poems on various subjects religions and moral, by Phillis Wheatley, negro servant, etc., in-8°, London 1773; et in-12, Walpole 1802.
Cette pièce n'est pas sans mérite, mais hâtons-nous d'arriver à des sujets plus dignes de la poésie.
Ceux qu'elle traite sont presque tous religieux ou moraux; presque tous respirent une mélancolie sentimentale: il y en a douze sur la mort de personnes qui lui étoient chères. On distinguera ses hymnes sur les oeuvres de la providence, la vertu, l'humanité; l'ode à Neptune; les vers à un jeune peintre de sa couleur, en voyant ses tableaux. On se doute bien qu'elle exhale sa douleur sur les infortunes de ses compatriotes.
J'insère ici trois de ses pièces. Le lecteur voudra bien se rappeler qu'en jugeant les productions d'une Négresse esclave, âgée de dix-neuf ans, l'indulgence est un acte de justice; d'ailleurs, la traduction n'est peut-être qu'une mauvaise copie d'un bon original.
Sur la mort d'un enfant[336].
Note 336:[ (retour) ]
On the death of an infant.
No more the flo'wry scenes of pleasure rise,
Nor charming prospects greet the mental eyes,
No more with joy we view that lovely face
Smiling, disportive, flush'd with ev'ry grace.
The tear of forrow flows from ev'ry eye,
Groans answer groans, and sighs to sighs reply;
What sudden pangs shot thro' each aching heart,
When, Death, thy messenger dispatch'd his dart?
Thy dread attendants, all destroying Pow'r,
Hurried the infant to his mortal hour.
Could'st thou unpitying close those radiant eyes?
Or fail'd his artless beauties to surprize?
Could not his innocence thy stroke controul,
Thy purpose shake, and soften all thy soul?
The blooming babe, with shades of Death o'erspread,
No more shall smile, no more shall raise its head;
But like a branch that from the tree is torn,
Falls prostrate, wither'd, languid, and forlorn.
«Where flies my James» 'tis thus I seem to hear
The parent ask, «Some angel tell me where
He whings his passage thro' the yielding air»?
Methinks a cherub bending from the skies
Observes the question and serene replies,
«In heav'n's high palaces your babe appears:
Prepare to meet him, and dismiss your tears».
Shall not th' intelligence your grief restrain,
And turn the mournful to the chearful strain?
Cease your complaints, suspend each rising sigh,
Cease to accuse the Ruler of the sky.
Parents, no more indulge the falling tear:
Let Faith to heav'n's refulgent domes repair,
There see your infant like a seraph glow:
What charms celestial in his numbers flow
Melodious, while the soul-enchanting strain
Dwells on his tongue, and fills th' etherial plain?
Enough—forever cease your murm'ring breath;
Not as a foe, but friend, converse with Death,
Since to the port of happiness unknown
He brought that treasure which you call your own.
The gift of heav'n intrusted to your hand
Chearful resign at the divine command;
Not at your bar must sov'reign Wisdem stand.
Le plaisir couronné de fleurs ne vient plus embellir nos momens; l'espérance n'ouvre plus l'avenir pour nous caresser par des illusions enchanteresses; nous ne verrons plus ce visage enfantin sur lequel les Grâces avoient profusément répandu leurs faveurs: de tous les yeux s'échappent des larmes; les gémissemens sont l'écho des gémissemens, les sanglots répondent aux sanglots.
Inexorable mort, la maladie, ta messagère, en lui décochant le trait fatal, a percé tous les coeurs, et les a inondés d'amertumes; ton pouvoir irrésistible a précipité son heure dernière. Quoi! sans être émue, tu fermes ses yeux rayonnans: sa beauté naïve, sa tendre innocence n'ont pu suspendre tes coups, ni fléchir ta rigueur. Un crêpe funèbre couvre celui qui naguère nous charmoit par son sourire gracieux, par la gentillesse de ses mouvemens.
«Où s'est enfui mon bien-aimé James, (s'écrie le père)? Quand son ame voltige dans les airs, anges consolateurs, indiquez-moi le lieu de son passage».