L’Office international de Bibliographie a déduit de ses expérimentations des règles qui lui ont permis de commencer un Répertoire donnant satisfaction à tous ces désidérata.

Ce répertoire, en effet, est universel. Les renseignements recueillis concernent l’ensemble des connaissances humaines et portent à la fois sur les articles de revues, les mémoires insérés dans les grands recueils, les livres et les brochures. Les renseignements sont inscrits en double exemplaire sur des fiches mobiles et réparties, les unes dans un répertoire alphabétique des noms d’auteurs, les autres dans un répertoire méthodique. Les fiches du répertoire méthodique sont rangées selon la classification décimale adoptée par l’Association des Bibliothécaires américains. Cette classification présente un triple avantage. Elle constitue d’abord une nomenclature des connaissances humaines, fixe, universelle et pouvant s’exprimer en une langue internationale, celle des chiffres. Elle réalise l’unité de méthode dans le classement de toutes les bibliographies et maintient une concordance parfaite entre le classement des bibliothèques et celui du répertoire bibliographique. Elle permet enfin un système indéfini de divisions et de subdivisions des matières dont toutes les parties connexes demeurent groupées dans le voisinage les unes des autres.

L’Office de Bibliographie est divisé en sections qui correspondent à chacune des branches de la science et sont confiées à des spécialistes. Une section centrale est spécialement chargée du recueillement et du premier collationnement des matériaux à bibliographier. Chaque section annote et classe ensuite les fiches qui la concernent. Le répertoire comprend les sources anciennes et les sources modernes; grâce au système des fiches et des intercalations continues, il peut parvenir à présenter le tableau complet de la production intellectuelle. Les matières courantes sont publiées périodiquement en des Sommaires bibliographiques spéciaux dont l’ordonnancement est identique à celui du répertoire. Enfin, pour mettre le répertoire tout entier—production passée et production courante—à la disposition des travailleurs de tout pays, l’Office international projette la publication continue de son répertoire sur des fiches mobiles qui seraient envoyées, toutes annotées et toutes classées, à des offices locaux, annexes des grandes bibliothèques ou des universités.

Telle est, dans ses grandes lignes, l’organisation du répertoire commencé par l’Office de Bibliographie. Nous avons à décrire en détail chacun de ses éléments.

Les services qu’on attend de la Bibliographie sont multiples. Elle doit, en effet, renseigner les savants, les praticiens, les bibliothécaires, les libraires, le grand public de lecteurs.

Au point de vue exclusivement scientifique, une bibliographie complète constituerait à chaque moment la table encyclopédique des matières de la science. Passer du connu à l’inconnu, s’aider des travaux de tous les prédécesseurs pour pousser plus loin l’investigation scientifique, s’éviter des répétitions involontaires et des pertes de temps précieux, ce sont là légitimes désirs d’hommes de science. Le travail scientifique, particulièrement de nos jours, s’est spécialisé et internationalisé. La science progresse par les efforts des savants de tous les pays, de toutes les compétences. A l’édifice commun, chacun apporte la pierre qu’il a équarrie à part lui. Il importe cependant qu’elle soit taillée aux proportions de l’emplacement qu’elle doit occuper à côté des autres; partant, que l’état d’avancement de l’ensemble des travaux soit toujours exactement et facilement connu.

Les praticiens ont un besoin analogue. Il s’agit pour eux d’arriver à connaître facilement le fait, la loi, l’invention dont ils doivent faire application. Les dictionnaires techniques deviennent insuffisants, car ils sont trop tôt surannés. Quant aux recueils périodiques qui essayent de les supplanter, leur nombre devient si considérable qu’il n’est plus possible de les consulter au moyen des anciens procédés. Une organisation bibliographique universelle permettrait de considérer tout ce qui se publie,—quels que soient le lieu, le temps ou la forme de l’imprimé,—comme éléments d’une immense encyclopédie à la fois théorique, historique et pratique, dont le Répertoire deviendrait la table des matières.

Les bibliothécaires à leur tour réclament l’organisation de la Bibliographie. Il n’est que les toutes grandes bibliothèques qui puissent se payer le luxe d’un service complet de catalogue. Et pourtant sans catalogue la bibliothèque est un coffre fermé, plein de choses précieuses, mais inaccessibles et invisibles, faute d’une clef. Un répertoire bibliographique universel supprimerait tous les catalogues particuliers, forcément incomplets, et les remplacerait par un seul, toujours tenu à jour, informant les lecteurs non seulement sur le contenu de l’établissement auquel il s’adresse, mais sur tout ce qui est à sa disposition au dehors, dans d’autres bibliothèques ou dans le commerce de la librairie. En des milliers de bibliothèques, des hommes travaillent péniblement aujourd’hui à inventorier et à classer les mêmes livres. Et c’est à recommencer, chaque fois qu’une collection nouvelle se forme. D’ailleurs, autant de méthodes que d’individus. Le classement diffère de pays à pays, de ville à ville, de bibliothécaire à bibliothécaire, exigeant du chercheur une initiation nouvelle à chaque nouveau catalogue qu’il consulte. Le Répertoire bibliographique, reproduit en nombreux exemplaires, apporterait ici les unités de classement tant désirées. Grâce à la division du travail, un organe nouveau, distinct de tous les autres, serait désormais chargé tout spécialement du classement des écrits. Ce classement pourrait se faire non plus par des hommes dont on exige et auxquels on suppose bien gratuitement une science universelle, mais par des spécialistes. Les bibliothèques y gagneraient doublement. Elles seraient presque totalement déchargées d’un service extrêmement coûteux et désormais pourraient collaborer directement aux recherches du public qui vient à elles, car elles pourraient répondre immédiatement à la question qu’on leur pose invariablement: «Quels ouvrages existe-t-il sur tel sujet?» Les catalogues que chaque bibliothèque imprime à grand frais et que rendent bientôt surannés les accroissements nouveaux, pourraient être remplacés par le Répertoire. Chaque bibliothèque inscrirait elle-même, en marge des fiches, les ouvrages qu’elle possède et leur indice de placement sur les rayons. Les fiches du répertoire qui n’auraient pas été marquées indiqueraient pour chaque matière les livres qu’il est possible d’acquérir.