—À compter d'aujourd'hui même.—Allez vous habiller, et soyez sans crainte. Quand on lèvera le rideau, vous ne verrez que des payants dans la salle,—des purs, des sincères, et toute la gloire que vous recueillerez désormais sera en bonne monnaie.

Après la fin du spectacle, les deux artistes remontèrent dans leurs loges,—sérieux et inquiets.—L'ère de l'enthousiasme sincère s'était mal inaugurée. Comme on dit en termes de coulisses, ils n'avaient étrenné ni l'un ni l'autre. Cependant jamais B... ne s'était montré plus habile comédien.—Jamais il n'avait détaillé avec tant de soin et d'exactitude toutes les nuances variées de son rôle.

Jamais madame D... n'avait été plus dramatique, plus passionnée.

—Bah! dit B... à sa camarade, il ne faut pas se désespérer.—Nous avons une mauvaise salle aujourd'hui.—Voilà tout.—Demain, nous retrouverons notre vrai public, et alors...

Mais le lendemain renouvelle la déception de la veille.—À peine les deux grands artistes recueillent-ils quelque maigre bravo aussitôt étouffé.

Mais le surlendemain,—ah! le surlendemain,—à la première entrée en scène, B... fut accueilli par une salve,—modeste il est vrai,—mais bien comprise, bien dirigée, commençant là où il fallait et finissant de même.

—Je disais bien qu'ils s'y mettraient, dit madame D... en entendant de la coulisse applaudir son camarade.

Mais, à son grand étonnement, quand elle parut en scène à son tour,—la salle reste muette;—elle surprit bien des émotions, des larmes, mais de bravos, aucun...

Elle ne dit rien, mais elle pensa davantage.

Le quatrième jour, B... fut encore applaudi comme la veille; mais, quand madame D... parut, une salve plus sonore et mieux nourrie accueillit toutes ses entrées et toutes ses sorties et l'acclama jusqu'à la fin du spectacle.