Les admirations vivement senties entraînent quelquefois les esprits les mieux doués et les talents les plus individuels à l'imitation des œuvres qui répondent plus particulièrement à leurs sympathies: mais dans ces cas, la copie devient alors une façon de glorifier le modèle.

Le Charançon imite grossièrement, maladroitement; son pastiche n'est pas une copie, c'est une caricature. Ces difformes parodies ressemblent à leurs modèles, comme ressemblent aux œuvres d'art les odieux plâtres, colportés sur les quais et les boulevards par les Piémontais, pendant la morte saison de la fumisterie.

Toutes les comparaisons qui pourraient peindre l'activité, la souplesse, la ruse, l'insistance, la servilité ne suffiraient pas à donner une idée complète de tout le mal que le Charançon se donne pour arriver à se produire, n'importe où, n'importe comment. Pour accélérer ses débuts il possède, d'ailleurs des facilités qui manquent quelquefois aux hommes de lettres véritables,—il a des relations.

Les relations sont les escaliers par lesquels, dans toutes les conditions, on arrive, sans se donner trop de mal, à atteindre les étages supérieurs.

En littérature particulièrement, les relations servent les personnes au préjudice de l'art.

Les relations s'imposent ou se sollicitent.

Dans le premier cas, elles sont honorables et ne peuvent que flatter l'amour-propre.

Dans le second cas, elles humilient.—Un homme qui a le sentiment de sa valeur souffrira péniblement si, pour la constater, il a besoin de requérir l'appui des imbéciles ou des niais, qui sont une force comme toute majorité.

Le Charançon est invulnérable de ce côté; son amour-propre, habillé de toile imperméable, peut impunément recevoir toutes les averses de dédain qui pleuvent sur lui. Grâce à ses relations, il entre dans la littérature comme les gens qui arrivent en retard à la porte d'un théâtre, rompent avec violence la queue formée, et se mettent à la tête, de façon à pénétrer les premiers dans la salle, sans avoir eu les ennuis de l'attente.

Par exemple, madame une telle l'aura un soir recommandé à monsieur un tel, qui aura parlé à celui-ci, qui l'aura présenté à celui-là, et un beau matin on lui aura dit dans un journal:—apportez-nous quelque chose.