—Je vous préviens d'avance qu'on ne vous a jamais fait de proposition semblable.
—Mais parlez donc, dirent les femmes, nous sommes sur le gril de l'impatience.
—Nous y voici. Écoutez, dit Tristan en s'adressant particulièrement à Fanny. Le comte Ulric de Rouvres renouvelle votre mobilier.
—Le mien a six mois. Soit, dit Fanny.
—C'est presque séculaire, ajouta un des hommes.
—Le comte Ulric vous loue, dans une rue qu'il a choisie lui-même, une chambre de 160 francs.—Ne m'interrompez pas.—Dans cette chambre il fait disposer un charmant ménage d'occasion, qu'il tient caché en quelque endroit. Les meubles seront garnis de tous les objets de toilette qui vous seront nécessaires; mais je vous préviens que toute cette garde-robe est d'occasion comme les meubles, et la robe la plus chère ne vaut pas vingt francs.
—Après? dit Fanny.
—Après, continua Tristan, le comte Ulric vous trouvera, dans une maison à lui connue, une occupation qui vous rapportera quarante sous par jour.
—Quelle occupation? demanda Fanny.
—Je n'en sais rien. Au reste, vous ne travaillerez qu'autant que cela pourra vous amuser; seulement vous aurez soin de vous faire sur le bout des doigts des piqûres d'aiguille. Vous irez dans cette maison depuis le matin jusqu'au soir. Mon ami, M. le comte de Rouvres, ira vous chercher pour vous reconduire au sortir de votre besogne et vous ramènera à votre chambre, où vous passerez la soirée avec lui. À dix heures vous serez libre de votre personne; mais le lendemain, dès sept heures, vous serez à la disposition de M. de Rouvres, qui vous conduira à votre travail. Le dimanche, quand le temps sera beau, vous irez avec lui à la campagne manger du lait et cueillir des fraises. En outre, vous appellerez M. de Rouvres Marc, et vous apprendrez, pour les lui chanter, quelques chansons qu'il aime à entendre. Vous lui préparerez aussi vous-même certaine cuisine dont il vous indiquera le menu.