—Vous le voyez, dit l'autre, je vais me pendre. Seriez-vous assez bon pour m'aider un peu; je crains de me manquer tout seul, n'ayant pas ici les commodités nécessaires.

—Que désirez-vous de moi, et en quoi puis-je vous être utile, monsieur? demanda Ulric.

—Je vous serais infiniment obligé, répondit l'autre, si vous vouliez me tirer de dessous les pieds ce tronc d'arbre, que je n'aurai peut-être pas la force de rouler loin de moi quand je serai suspendu en l'air. Je vous prierai aussi de vouloir bien ne pas quitter ces lieux avant d'être bien sûr que l'opération a complètement réussi.

Ulric regarda avec étonnement celui qui lui parlait ainsi tranquillement au moment de mourir. C'était un homme de vingt-huit à trente ans, et dont les traits, le costume, le langage attestaient une personne appartenant aux classes distinguées de la société.

—Pardon, lui demanda Ulric, je suis entièrement à vos ordres, prêt à vous rendre les petits services que vous réclamez de moi: il faut bien s'entr'aider dans ce monde; mais pourrais-je savoir le motif qui vous détermine à mourir si jeune? Vous pouvez me le confier sans craindre d'indiscrétion de ma part, attendu que moi-même je me propose de me tuer sous l'ombrage de ce petit bois.

Et Ulric montra son pistolet à l'Anglais.

—Ah! ah! dit celui-ci, vous voulez vous brûler la cervelle, c'est un bon moyen. On me l'avait recommandé; mais je préfère la corde, c'est plus national.

—Serait-ce à cause d'un chagrin d'amour? demanda Ulric en revenant à son interrogatoire.

—Oh! non, dit l'Anglais, je ne suis pas amoureux.

—Une perte de fortune?