Per qu’ieu s’onor gach,
Bel rai, be fach[74].»
LA SIXTINE
En poésie, la sixtine, même au temps des Troubadours, passait pour la pièce la plus difficile à composer. Arnaud Daniel, qui, dit-on, inventa ce genre, n’en a laissé que de bien mauvais échantillons. Il ne pouvait en être autrement, en présence des difficultés accumulées comme à plaisir pour le rendre à peu près impossible. La pièce se composait de six couplets de six vers ne rimant pas entre eux. Les bouts rimés du premier couplet étaient répétés à la fin de tous les couplets suivants dans un ordre régulier. Ceux du second couplet se composaient de ceux du premier, en prenant alternativement le dernier, puis le premier et successivement, de bas en haut et de haut en bas, jusqu’à ce que toutes les rimes fussent employées. On se servait encore du même procédé pour chaque couplet suivant qui se combinait d’une manière semblable avec le couplet précédent. Enfin, la pièce se terminait par un envoi dans lequel tous ces bouts rimés se trouvaient répétés. On conçoit qu’un pareil genre de composition ait découragé les poètes, et qu’on l’ait abandonné.
LE DESCORD
Ce mot, qui signifie discordance, fut appliqué aux pièces irrégulières, c’est-à-dire qui n’avaient pas des rimes semblables, un même nombre de vers par strophe ou par couplet et une mesure égale. Inventé par Garins d’Apchier, ce genre fut peu employé.
L’AUBADE ET LA SÉRÉNADE
L’Alba, ou aubade, était un chant d’amour exprimant le plaisir d’une heureuse nuit et le désespoir de l’approche du jour.
Dans la sérénade, ou séréna, le poète gémissait sur la trop courte journée qui finissait, obligé qu’il était de quitter son amie. La mandore en sautoir, c’était à la brune que le Troubadour venait chanter de tendres romances sous le balcon de quelque châtelaine adorée.