A certaines dates, les châtelaines d’une province se réunissaient; la plus noble d’entre elles présidait l’assemblée, formée en docte aréopage. On discutait les articles d’un Code d’amour, on délibérait sur les cas qui étaient soumis, on jugeait et souvent on condamnait à des peines sévères.

On peut se demander quelles étaient l’autorité de ces tribunaux et la sanction appliquée à leurs arrêts. L’autorité ressortait de leur composition même, qui n’admettait que l’élite de la noblesse après une sage sélection; quant à la sanction, il n’y en avait qu’une: l’opinion publique. Mais cette sanction était d’autant plus redoutable que les jugements librement sollicités étaient rendus de même. Si affaiblie qu’elle puisse être de nos jours, on ne peut nier la force morale de l’opinion publique qui flétrit les indignes, alors qu’assez habiles pour éluder la loi ils ne peuvent, judiciairement, être condamnés. C’est l’opinion qui ne permet pas de refuser un duel, défendu cependant par le Code; c’est l’opinion également qui force à payer, comme sacrée, une dette de jeu, que la loi ne veut pas reconnaître. C’est, enfin, l’opinion publique qui contraint les tyrans eux-mêmes à reculer devant certains actes odieux. Au moyen âge, époque des Cours d’amour, cette force devait être d’autant plus grande que le scepticisme qui, de nos jours, envahit peu à peu la société ne pouvait être alors qu’exceptionnel et que, par conséquent, l’opinion faisait loi.

Avant de citer quelques exemples des questions soumises au jugement des Cours d’amour, il est essentiel de connaître les principales dispositions du Code amoureux appliqué dans le Nord, suivant l’ouvrage d’André le Chapelain; il repose sur une légende que nous rapportons textuellement, d’après cet auteur.

«Un chevalier breton s’était enfoncé seul dans une forêt, espérant y rencontrer Artus; il trouva bientôt une damoiselle, qui lui dit: Je sais ce que vous cherchez; vous ne le trouverez qu’avec mon secours. Vous avez requis d’amour une dame bretonne, et elle exige de vous que vous lui apportiez le célèbre faucon qui repose sur une perche dans la cour d’Artus. Pour obtenir ce faucon, il faut prouver par le succès d’un combat que cette dame est plus belle qu’aucune des dames aimées par les chevaliers qui sont dans cette cour.

«Après bien des aventures romanesques, il trouva le faucon sur une perche, à l’entrée du palais, et il s’en saisit. Une petite chaîne d’or tenait suspendu à la perche un papier écrit; c’était le Code des amoureux que le chevalier devait prendre et faire connaître, de la part du roi d’amour, s’il voulait emporter paisiblement le faucon.»

La cour, composée d’un grand nombre de dames et de chevaliers, adopta les règles de ce Code qui leur avait été présenté, en ordonna fidèlement l’observation à perpétuité sous les peines les plus graves et le fit répandre dans les diverses parties du monde. Ce Code contient trente et un articles, et des considérations qu’il serait trop long d’énumérer ici.

Un grand nombre d’historiens ont attribué au mariage du roi Robert avec Constance, fille de Guillaume Ier, vers l’an 1000, l’introduction à la cour de France des Troubadours provençaux, dont l’influence se fit sentir rapidement. En effet, ce fut à partir de cette époque que les manières agréables, les mœurs polies, les usages galants de la France méridionale commencèrent à se propager. Le mariage d’Eléonore d’Aquitaine avec Louis VII, en 1137, fut une nouvelle occasion pour les poètes de Provence de répandre et faire apprécier l’art du gai savoir. Petite-fille du célèbre comte de Poitiers, Eléonore d’Aquitaine reçut les hommages des Troubadours, les encouragea et les honora. Bernard de Ventadour, un des plus célèbres, lui consacra ses vers et continua même de lui adresser ses œuvres lorsqu’elle fut reine d’Angleterre.

L’extension que prit bientôt la langue Romane sous l’impulsion des Troubadours explique la création de Cours d’amour au-delà de la Loire, et les noms d’Eléonore d’Aquitaine, de la comtesse de Champagne, de la comtesse de Flandres et d’autres, qui les présidaient.

En Provence, les Cours d’amour les plus célèbres furent celles de Pierrefeu et de Signe, de Romanin et d’Avignon.

Les dames qui présidaient les Cours de Pierrefeu et de Signe étaient: