Je croyais, moi, qu’ils mordaient.
Un d’eux avait une baguette[96],
Il leur faisait signe qu’ils se tussent.
Plus il le faisait, plus ils criaient.
Le Poitou s’honore à juste titre d’avoir produit le comte Guillaume IX, troubadour dont les œuvres furent transcrites les premières et purent servir de modèles aux poètes qui suivirent. Il faut compter aussi parmi les enfants du Poitou: Savary de Mauléon, appelé le maître des braves et chef de toute courtoisie; Macabrès, dont la Gente Poitevine a eu plusieurs éditions; Jean Drouet, apothicaire à Saint-Maixent, qui, entre deux ordonnances médicales, trouvait le temps d’écrire la Mizaille à Tauny [la Gageure d’Antoine). Enfin, des recueils de noëls anciens et nouveaux, imprimés à Niort, forment un ensemble où la littérature patoise de la Vendée et du Poitou s’affirme souvent avec succès.
La Saintonge, l’Aunis et l’Angoumois sont trop voisines du Poitou pour que leurs idiomes respectifs ne puissent pas être considérés comme de simples variétés. Nous ne nous y arrêterons donc pas davantage, afin de passer au Limousin. Dans cette province, le patois n’est que de l’ancien Roman très altéré, dans lequel se rencontrent des mots et quelquefois des phrases entières de bas latin. Les articles et les auxiliaires ont des terminaisons méridionales.
L’emploi constant des voyelles à la fin des mots et l’absence de l’e muet produisent une sonorité et une harmonie qui facilitent le chant. Comme dans le Midi, l’accent rustique domine, lorsque les Limousins parlent français.
Deux proverbes compléteront ces indications sommaires:
- Lo pu moouvoso tsavillo de la tsareto es aquelo que fai lou may de brut[94].
- Oco n’es pas oub’un tombour que l’an rapello un soval estsopa[95].
Parmi ses Troubadours célèbres, le Limousin peut compter Gaucelme Faydit, dont nous avons déjà parlé; Bernard de Ventadour, dont Pétrarque fait un si gracieux éloge dans Triomphe d’amour; Giraud de Borneuil, cité par Dante; Jean d’Aubusson, Aubert, Guy d’Irisel. A une époque plus récente, le Limousin a produit Duclon (Dom Léonard), bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, auteur du Dictionnaire de la Langue limousine; J. Roux, qui a donné la Chanson limousine, l’Épopée limousine, texte, traduction et notes; de Lépinay et Godin: Noms patois des plantes de la Corrèze; Champeval, Proverbes bas-limousins; etc., etc.