Les provinces de Dauphiné et de Bresse, qui comprennent aujourd’hui les départements des Hautes-Alpes, la Drôme, l’Isère et l’Ain, ont subi l’influence du Français plus tôt que les autres, à cause de leur proximité avec les pays faisant partie de la monarchie française. Cependant la langue Romane y fut longtemps en usage; on l’y désignait sous le nom de Materna.

Aujourd’hui encore, les paysans du Grésivaudan ont un idiome qui se rapproche beaucoup du Roman. Le patois des Hautes-Alpes a de grands rapports avec le Provençal et le Languedocien, et les différences portent plus sur la prononciation que sur l’orthographe. Un fait curieux à constater, c’est que ce patois se parle très purement dans certains pays d’Allemagne qui, probablement, servirent de refuge aux émigrés forcés de quitter successivement le sol natal, lors de la révocation de l’édit de Nantes. Le Dauphinois a de la grâce; il est riche en expressions pittoresques et imitatives, et sa poésie se prête avec beaucoup de charme aux pastorales et récits champêtres. Dans la bibliographie du patois du Dauphiné, par Colomb de Batines, nous trouvons une pièce charmante, d’un esprit délicat et gracieux, attribuée à Dupuy, de Carpentras, maître de pension à Nyons:

LOU PARPAYOUN

Picho couquin dé parpayoun,

Vole, vole, té prendraï proun!

Et poudre d’or su séïs alête,

Dé mille coulour bigara,

Un parpayoun su la viooulête

Et pieï su la margaridète

Voulestréjave dins un pra.