Le Saut est un exercice qui demande beaucoup d’agilité. Il est pratiqué dans toutes les fêtes locales ainsi qu’il suit. Après avoir tiré à terre une ligne sur laquelle ils se rangent, les sauteurs partent sur un pied, font ainsi deux sauts, et retombent immobiles sur leurs deux pieds au troisième saut, qui est énorme et dépasse souvent en envergure les deux premiers réunis. Les sauteurs habiles peuvent ainsi franchir des espaces considérables, parfois plus de dix-sept mètres. Une variante de ce jeu consiste à l’exécuter en sac. Le sauteur, enfermé dans un sac d’où ne sortent que les bras et la tête, est obligé de procéder par petits sauts, entremêlés de chutes fréquentes qui sont l’amusement des spectateurs. Il y a aussi le saut de l’outre. Après avoir bien gonflé une outre, on la place à terre à l’endroit convenu. Pour gagner, il faut, après avoir fait deux sauts, atteindre l’outre au troisième et s’y maintenir en équilibre. Si elle éclate ou si elle glisse sous les pieds, l’homme roule dans la poussière à la grande joie du public.
Deux autres jeux usités chez les Grecs et dont les Provençaux ont hérité sont la Barre et le Disque. L’instrument du premier est une barre de fer qui sert aux carriers pour soulever les pierres, et que l’on désigne dans le pays sous le nom de Prépaou. La barre lancée vers un but, il faut, pour que le coup soit bon, que la pointe seule touche la terre. Quant au Disque, il faut le lancer le bras levé au-dessus de l’épaule, et il n’y a que le coup de volée qui soit tenu pour bon.
Jeu de boules. [↔]
Dans le jeu de Boules, on retrouve encore un exercice grec. Le lieu choisi, chacun jette sa boule le plus loin possible; on reprend ensuite de ce point en commençant par la boule restée en arrière. Celui qui arrive au but avec le moins de coups gagne le prix. Cette façon de jouer aux boules s’appelle le Butaband ou but en avant. On les joue également à la roulette et au mail.
La Cible, les Palets, le Mât de Cocagne, les Grimaces, les Cartes et le Coq sont des jeux assez connus partout pour que nous nous dispensions de les narrer. Il y a cependant une différence dans le jeu des palets.
On fiche en terre une tige de fer à large tête. Les concurrents ont trois anneaux de fer qu’ils doivent lancer sur cette tige de façon à les y faire entrer; le prix est à celui qui les place le premier.
Les Grimaces excitent toujours l’hilarité du public et les juges sont bien souvent embarrassés pour décerner le prix. Cet amusement burlesque, inventé par des jongleurs qui avaient suivi des troubadours provençaux en Espagne, s’est perpétué jusqu’à nous, et l’on voit de nos jours des dessinateurs profiter des fêtes de village pour reproduire en croquis ces contorsions du visage qu’à l’occasion ils utilisent pour leurs travaux artistiques.
Parmi les jeux de cartes usités dans les Roumevages, on ne peut guère citer que l’Estachin, qui se rapproche de l’écarté.
Le jeu du Coq termine ordinairement la fête. Assez cruel du reste, il paraît abandonné dans la plupart des petites communes; on ne l’introduit dans les grands Roumevages que pour corser le programme ou sur la demande d’amateurs. La veille de la fête communale, on promène à travers les rues et les places un beau coq qui, aux sons des galoubets et des tambourins, pousse de temps en temps un triomphant cocorico; le lendemain, on le suspend par les pattes à une corde tendue entre deux poteaux. Chaque concurrent, les yeux bandés, armé d’un sabre, se tient au milieu du cercle formé par le public. Pour gagner le prix, qui est le coq lui-même, tous sont placés successivement à dix mètres de la bête dont ils doivent trancher le cou avec leur sabre. A un signal donné, ils s’avancent en manœuvrant avec leur arme. Mais, quand ils croient l’atteindre, leurs coups le plus souvent se perdent dans le vide, et, le temps donné étant écoulé, il leur faut se retirer bredouilles après avoir payé le prix de leur maladresse, jusqu’à ce qu’enfin un plus adroit ou plus malin décapite le coq et l’emporte. Les tambourins et les galoubets se font entendre, le public applaudit.