Rendés mé moun gai roumaniou[22].

RUPTURE

Iou vous representi l’ourtigo,

Bello, sarés plus moun amigo.

Vési qu’avés trop de pounchoun,

Maridas vous em’un cardoun[23].

Avec la fête de la Belle de mai ou Maïa, et la tonte des moutons, qui rappelle les usages des bergers de Virgile, se terminent les fêtes agricoles du printemps.

L’Été aux blonds épis voit la magnifique manifestation des moissonneurs, dont le tableau de Léopold Robert peut donner une idée. La dernière charrette de blé est ornée de guirlandes de feuillage, ainsi que l’attelage. Les faucheurs, les botteleurs, les glaneuses chantent et reviennent à la ferme en farandole joyeuse. Le soir, un bon repas leur est servi et l’on boit à la santé du fermier.

La Provence, en automne, est la vivante image de la Grèce antique, célébrant aux vendanges les fêtes de Bacchus. La plupart des coutumes des anciens sont encore celles des habitants du littoral méditerranéen. Quand on cueille le raisin, les vendangeurs barbouillent de moût les vendangeuses. C’est ce qu’on appelle la Moustouisso. Lorsque se fait le soutirage de la cuve et qu’on presse le marc, on donne à boire du vin nouveau à tous les passants qui en demandent. Il y en a qui abusent de cette faveur et ne tardent pas à être gris. Ils font alors toutes sortes d’extravagances qui amusent les badauds. La récolte des raisins secs et des figues, la fabrication du vin cuit donnent également lieu à des réjouissances. Le jour où l’on fait le vin cuit et la confiture au moût que l’on appelle Coudounat, on réunit dans un festin parents et amis, sous prétexte de goûter aux produits nouveaux; en réalité, c’est l’occasion d’un excellent repas, où le vin donne la note dominante, et qui se termine par de joyeux couplets ou par une farandole, aux sons des galoubets et des tambourins.

Enfin l’hiver, si dur dans le Nord, est assez clément dans le Midi pour permettre la cueillette des olives et le travail des moulins à huile qui deviennent les lieux de réunion des villageois. On y chante, on y rit, on y conte des histoires, car la gaieté est le trait caractéristique des Provençaux. La cueillette des olives a été de tout temps l’occasion de jeux et de divertissements. Un sarcophage des Aliscamps, orné d’un bas-relief où sont reproduites toutes les phases de la cueillette des olives, permet de constater la similitude exacte qui existe entre ces manifestations d’autrefois et celles de nos jours. C’est là un document lapidaire qui prouve mieux que tout le reste l’antiquité de l’olivier en Provence et celle des fêtes auxquelles il donne lieu.