Arles: Porte de la Cavalerie. [↔]

Non seulement Madeleine rencontra autant de champions qu’elle désira, mais, comme elle était le chef des partisans de la mode française, et le fou celui des amateurs de la mode nationale, il se présenta pour l’offenseur autant de combattants que pour l’offensée.

La lice fut ouverte et appelée la «Lice de la mode».

Tous les partisans de Madeleine furent vaincus, quelques-uns tués, tous les autres blessés.

Ce que voyant, le roi s’inclina devant ce jugement de Dieu et défendit, sous les peines les plus sévères, les modes françaises, ordonnant qu’à l’avenir: «Toute dame ou demoiselle, dans le royaume et cité d’Arles, ne porterait robes ou mantels, affiquets ou enjolivements à la mode du pays de France, et se vêtirait à l’us et coutume du pays.»

Le récit n’est pas banal. Il prouve d’abord que du dicton: changeant comme la mode, les Arlésiennes ne sauraient être rendues responsables. Peu de modes, en effet, si toutefois il en existe datant d’aussi loin, ont donné lieu à un combat en champ clos suivi de mort d’hommes, et sanctionné par un arrêt royal.

Dans la campagne, il n’y a, pour ainsi dire, plus de costume spécial pour les hommes. Les fermiers des Mas portent quelquefois une culotte courte avec de grandes guêtres de peau, une veste ronde assez longue, un gilet croisé sous la cravate et un chapeau rond à larges bords. Les bergers, comme les charretiers, ont pour l’hiver un grand manteau ou roulière, un chapeau de feutre noir ou gris, la culotte et les grandes guêtres, une veste courte et un gilet croisé. Dans leur poche se cache invariablement un couteau recourbé à usages multiples: il sert à manger ou bien à façonner des petits objets en bois: sifflets, castagnettes, maints jouets d’enfants. Les paysans l’utilisent également pour ébrancher les arbres ou battre le briquet, lorsque, après le repas dans les champs, ils prennent à leur ceinture une blague à tabac en peau, bourrent leur pipe qu’ils appellent Cachimbaou, et l’allument en tirant du feu d’une pierre à fusil, nommée Peyrar. Le costume des mariniers du Rhône se rapproche beaucoup de celui des Catalans.

Si l’on compare les trois villes de Marseille, d’Aix et d’Arles, il est aisé de voir que la première décèle son origine grecque par son langage, ses coutumes et ses mœurs; que la seconde, plus directement soumise à toutes les dominations qui ont pesé sur la Provence, se ressent de ce mélange apporté dans ses usages par tant de peuples différents, sans avoir perdu pourtant un certain caractère national qui remonte aux premiers âges et qui a résisté à toutes les révolutions; enfin, que la troisième est celle qui s’est le plus identifiée avec Rome, et que, seule peut-être à notre époque, elle reproduit, par le costume de ses femmes imité de celui des dames romaines, certains traits de ce peuple remarquable.

LES MŒURS

La Vie domestique.—Le fait d’avoir successivement vécu sous l’influence des Grecs, des Romains, puis de la monarchie franque, créa une sorte de fluctuation dans les mœurs et le caractère des Provençaux. Plus tard, Marseille, Arles, Tarascon, Avignon, Grasse et Nice secouèrent le joug des comtes de Provence et s’érigèrent en républiques. Ce fut à partir de ce moment, et malgré tous les éléments de discorde qui naissaient de la jalousie mutuelle de tous ces petits États, que commença à se dessiner un ensemble de traits capables d’intéresser l’observateur. Voici ce qu’écrivait à ce sujet Gervais de Tilburi, maréchal d’Arles, vers le commencement du XIIIe siècle: