Je vois que vous avez trop d’épines.

Mariez-vous avec un chardon.

[24] Gourdon de Genouillac, Histoire du Blason.

III
LA LANGUE PROVENÇALE AU XIXe SIÈCLE

Raynouard.—Fabre d’Olivet.—Diouloufet.—D’Astros.—Jasmin.—Moquin-Tandon, etc.

Lorsque, à l’exemple des conciles les plus célèbres, la Constituante décréta, le 14 janvier 1790, que la traduction des lois serait faite dans les dialectes des provinces, elle n’ignorait pas que la proscription des idiomes locaux est le moyen le plus puissant de désagrégation nationale. Des sentiments blessés, de la liberté outragée naît un foyer d’où peut partir l’étincelle des incendies religieux et politiques les plus redoutables pour le pays. Cet acte, non seulement de sagesse, mais aussi de haute politique, lui fut probablement inspiré par l’exemple de l’Église, ramenée par l’expérience à un sentiment plus exact de ses intérêts. En effet, cette variété de langages, loin d’y nuire, aida, au contraire, à la formation de l’unité religieuse, qui fit et fait encore sa force aujourd’hui.

La Convention fut moins libérale et partant moins clairvoyante. Dans son désir bien manifeste de pousser à la centralisation du pouvoir par tous les moyens, elle ne vit pas ou ne voulut pas voir un danger dans la suppression brutale des idiomes locaux. Elle ne songea pas que la langue provençale était l’histoire même de la Provence et que l’on ne supprime pas l’histoire par un décret. Elle fut cependant obligée de reconnaître son erreur lorsqu’elle fut saisie du rapport de son Comité de Législation[25], qui concluait au rejet de sa première décision[26], pour le plus grand bien de la nation et l’apaisement des esprits, que cette mesure vexatoire avait excités au plus haut degré.

Si le Consulat, par son décret du 27 prairial an II, imposa l’usage exclusif de la langue française à tous les représentants de la puissance nationale, du moins il les autorisait à transcrire en marge les lois, décrets, arrêtés, dans l’idiome de la province, dont l’usage oral persista. Ainsi rien ne put prévaloir contre la force irrésistible du langage populaire et le provençal, né du Roman, devait, sous peu, être l’objet d’études approfondies et de manifestations philologiques qui attestèrent une fois de plus son rôle important dans la formation de la langue française. Son influence sur l’italien, sur l’espagnol et sur toute la littérature de l’Europe est trop évidente pour être discutée et les traces qu’il a laissées dans l’histoire de la monarchie lui donnent la consécration de la langue nationale.

Il était réservé au XIXe siècle de voir s’épanouir la renaissance du provençal. Toute une pléiade de linguistes, de poètes, de romanisants et de curieux jeta, par ses recherches et ses travaux, un jour absolument nouveau sur cette langue qui, à la veille d’être proscrite, s’affirmait avec une vigueur nouvelle, en dépit des mesures arbitraires dont elle avait été si souvent frappée.

Parmi les promoteurs du mouvement, il faut citer, comme le premier en date, au XIXe siècle, Raynouard.