L’idée d’introduire une fève dans le gâteau semble avoir été empruntée aux Grecs, qui donnaient leur suffrage en déposant une fève. Ici l’élection du roi est due au hasard, mais c’est par une fève qu’elle se manifeste.
Il n’y a pas encore bien longtemps que le village de Trets donnait à la fête des rois un caractère religieux. La veille de l’Épiphanie, la jeunesse se rassemblait à l’entrée de la nuit pour aller au-devant des trois Mages, leur portant comme présents des corbeilles de fruits secs. Arrivée à la chapelle de Saint-Roch, elle se trouvait en face de trois jeunes gens costumés comme l’indique l’Écriture. Après avoir reçu corbeilles et compliments, ceux-ci donnaient à l’orateur une bourse remplie de jetons, qu’il emportait aussitôt en courant, pour ne pas partager avec ses compagnons. Il s’ensuivait une course folle qui se transformait en une Falandoulo, dans laquelle le fuyard restait pris.
Le Carnaval.—Le carnaval, qui semble un reste des saturnales, est, en Provence, à peu de chose près, ce qu’il est dans les autres départements français. Cependant, il paraît se rapprocher davantage du carnaval italien, qui a le mieux conservé la physionomie des anciennes fêtes païennes. Quant au nom lui-même, Pasquier le fait dériver de Carne vale (chair, adieu). On retrouve, en effet, ces mots dans le dialecte roman, et le peuple, aujourd’hui encore, les prononce: Carneval.
Danse des Olivettes.—Cette danse, un peu tombée en désuétude, n’est plus conservée que dans quelques localités: Toulon, Aubagne, Roquevaire et Cuges. Autrefois, elle était surtout prisée à Cuges, Aubagne et Gémenos. Son nom lui vient de ce qu’elle coïncidait dans le temps avec la cueillette des olives. Quant à son origine, on l’attribue à la rivalité de César et de Pompée, qu’elle est censée représenter. En conséquence, elle a été réglée ainsi qu’il suit:
Seize jeunes gens, vêtus à la romaine, ayant à leur tête divers officiers désignés par les titres de roi, prince, etc., et précédés d’un arlequin et d’un héraut, marchent sur deux rangs, au son des tambourins, qui jouent une marche guerrière. Ils exécutent différentes figures, telles que la chaîne simple, la chaîne anglaise, le pas de deux, le tricoté. Pendant ce temps, le héraut bat des entrechats et fait des tours de canne, qu’Arlequin contrefait d’une façon burlesque.
Arrivés sur une place publique, les danseurs miment un combat en croisant les épées et les frappant en cadence. Le roi et le prince, c’est-à-dire César et Pompée, vident leur querelle par un duel simulé pendant lequel les danseurs poussent des cris de joie pour souligner la valeur de leurs chefs respectifs, puis se divisent en deux camps; Arlequin se place au milieu. On l’entoure en formant le cercle et en dansant une ronde qui finit par le croisement des épées. On l’élève sur cette espèce de plate-forme comme sur un pavois, et il chante en français le couplet suivant:
Je suis un Arlequin
Monté sur des épées,
Comme un second Pompée,
Avec mon sabre en main;