Mentionnons, d’abord, les jeux de la Tarasque, fondés sur l’ancienne tradition relative à sainte Marthe et que tout le monde connaît. Le roi René, tout en les célébrant conformément à la coutume, voulait, pour leur donner plus d’éclat, que chacun des trois ordres y participât, sans oublier les corps de métiers dont les chefs ou prieurs faisaient partie du conseil municipal. Il faut voir ici, dans la pensée du bon roi, une haute leçon de fraternité et d’égalité chrétienne. Le peuple qu’il gouvernait était considéré par lui comme une grande famille, dont il aimait à rassembler les divers membres pour faire sentir à chacun l’étroite liaison qui doit exister entre eux et l’estime réciproque qui doit en résulter.
Les chevaliers dits de la Tarasque étaient choisis parmi les premières familles de la ville de Tarascon; ils représentaient la noblesse. L’un d’entre eux, l’Abbat, ou abbé de la jeunesse, présidait aux jeux, et avait la police de la ville pendant la durée de la fête. Les étrangers étaient invités à dîner par eux. Leur costume, très élégant, se composait d’une culotte de serge rose, justaucorps de batiste, manches plissées garnies de mousseline et ornées de dentelle; bas de soie blancs, souliers blancs, talons, houppe et bordure rouges; chapeau monté, cocarde rouge, collier de ruban rouge. Les insignes de la Tarasque, en argent, étaient suspendus à un ruban de soie de la même couleur, porté en sautoir.
Le jour de la Pentecôte, les chevaliers, en habits bourgeois, parcouraient la ville avec tambours et trompettes et distribuaient des cocardes écarlates que les hommes portaient à la boutonnière de l’habit et les femmes sur le sein. Les mariniers du Rhône, qui les suivaient, distribuaient des cocardes bleues attachées avec du chanvre. Puis venaient tous les corps de métiers, chacun dans le rang que lui assignait le cérémonial.
La Tarasque (d’après la légende de sainte Marthe). [↔]
Le lendemain, cette procession était renouvelée à l’issue de la messe, avec cette différence que les chevaliers étaient en costume. Vers midi, un groupe d’hommes en uniforme allait chercher la Tarasque pour la conduire hors la porte Jarnègues. Cet animal fabuleux, sorte de dogue énorme, avait le corps formé par des cercles recouverts d’une toile peinte; le dos était une forte carapace pourvue de pointes et d’écailles; des pattes armées de griffes puissantes, une queue recourbée animée d’un balancement funeste aux curieux, une tête qui tient du taureau et du lion, une gueule béante qui laisse voir une double rangée de dents, complètent le portrait du monstre. Porté par douze figurants, tandis qu’à l’intérieur un autre produisait les mouvements de la tête et de la queue, il donnait le signal de la course au moyen de fusées attachées à ses naseaux et auxquelles un chevalier mettait le feu. Alors il s’agitait en tous sens, comme animé de rage et de fureur. Malheur à ceux qui se trouvaient à sa portée: heurtés, culbutés, meurtris, ils n’avaient pas la consolation de se plaindre. S’ils cherchaient à s’enfuir, il les poursuivait, et leur affolement ne faisait qu’exciter les quolibets et la gaieté de la foule. La course terminée, on portait la Tarasque à l’église de Sainte-Marthe, où elle exécutait trois sauts en manière de salut devant la statue de la sainte. Pendant l’intervalle des courses, les chevaliers et les corporations procédaient à divers jeux en rapport avec leur rôle et leur condition sociale.
Ainsi les Portefaix désignaient un des leurs qui représentait saint Christophe, patron de la corporation, pour porter sur ses épaules un enfant richement vêtu, figurant le Christ. Six autres promenaient un tonneau sur un brancard. Ils imitaient les ivrognes et se heurtaient volontairement aux spectateurs. Cela s’appelait la Bouto ambriago. Les prieurs présentaient à tout le monde une gourde remplie de vin, où il était malséant de refuser de boire.
Les Paysans, pour imiter l’alignement que l’on trace en plantant la vigne, tenaient un cordeau qui ne servait, il est vrai, qu’à faire trébucher les badauds, au grand contentement de la foule.
Les Bergers escortaient trois jeunes filles élégamment vêtues et montées sur des ânesses. Un berger à l’air niais barbouillait d’huile de genièvre (huile de cade) la figure des curieux qui s’avançaient trop près d’elles.
Les Jardiniers jetaient des graines d’épinard aux demoiselles.