Les Meuniers, armés de poignées de farine, s’en servaient pour blanchir les visages indiscrets qui s’avançaient pour les examiner.

Les Arbalétriers faisaient pleuvoir sur la foule des flèches sans pointes.

Les Agriculteurs, montés sur des mules richement harnachées et précédés par la musique, distribuaient du pain bénit.

Les Mariniers pratiquaient le jeu de l’Esturgeon. Six chevaux du halage du Rhône traînaient une grosse charrette sur laquelle était un bateau que l’on remplissait d’eau à tous les puits que l’on rencontrait. Une pompe placée à l’intérieur servait à asperger les badauds qui s’enfuyaient, inondés, aux éclats d’un rire général. Venaient ensuite les Bourgeois, sous le patronage de saint Sébastien, précédés par des tambours et une fanfare, portant de petits bâtons blancs surmontés d’un pain bénit. Enfin le clergé de la ville, le Chapitre et le corps municipal fermaient le cortège qui entrait dans l’église de Sainte-Marthe. Les prieurs de chaque corporation déposaient les pains bénits aux pieds de la sainte et versaient des aumônes dans le tronc des pauvres. A la sortie, une immense Falandoulo se formait et parcourait les rues de la ville. C’était le dernier épisode de la fête de la Tarasque.

La Fête-Dieu.—Dans toute la Provence, les processions de la Fête-Dieu se sont toujours distinguées par la pompe qu’on y déployait. La décoration des rues pavoisées de drapeaux de toutes nuances, les fenêtres et balcons ornés de riches draperies, les reposoirs improvisés avec goût, les chaussées jonchées de pétales de fleurs, le peuple dans ses plus beaux vêtements accourant en foule sur le passage, offraient un spectacle pittoresque rehaussé par le défilé de la procession elle-même. Alors se déroulaient en longues théories les pénitents de toutes les confréries, coiffés de la cagoule, les corporations d’hommes et de femmes ayant chacune son guidon ou sa bannière, les tambourins, les trompettes et les musiques militaires escortant les prêtres revêtus de riches chasubles, les lévites avec des palmes et des corbeilles de fleurs, les jeunes filles, la tête couverte d’un voile de tulle et couronnées de roses blanches, les autorités civiles et militaires en grand costume. Enfin, sous un dais d’une grande richesse, l’évêque ou le curé portait le Saint-Sacrement, resplendissant dans les nuages d’encens qui s’échappaient des cassolettes agitées en un mouvement régulier par les enfants de chœur, vêtus de pourpre et de surplis de dentelles. Tels étaient, tels sont encore, dans quelques localités, la composition et l’aspect d’une procession de la Fête-Dieu.

Dans certaines villes, telles qu’Aix et Marseille, on y adjoignait des jeux, tombés maintenant en désuétude. Nous les décrirons néanmoins sommairement.

Les officiers des jeux étaient choisis dans les trois corps qui avaient accès au conseil municipal. La noblesse fournissait le Prince d’Amour, le barreau, le Roi de la Basoche, et les corps de métiers, l’Abbé de la Jeunesse. Le clergé s’abstenait.

Le Prince d’Amour était le premier officier. En cette qualité, il siégeait au conseil de ville après les consuls et avait voix délibérative. Mais, comme cette charge occasionnait de grandes dépenses, sur la demande de la noblesse le roi la supprima en 1668, et ce fut un lieutenant du Prince d’Amour qui le remplaça. Il lui fut accordé une indemnité de 1.000 livres et le droit de Pelote[7]. Il avait droit aux trompettes, tambours, violons, et au porte-guidon. Son costume était ainsi composé: justaucorps et culotte à la romaine, de moire blanche et argent tout unie, manteau de glace d’argent, bas de soie, souliers à rubans, chapeau à plumes, rubans de soie à la culotte, cocarde au chapeau, nœud à l’épée, bouquet avec rubans; ce bouquet se portait à la main, et le lieutenant s’en servait pour saluer les dames.

Le Roi de la Basoche était élu le lundi de la Pentecôte par les syndics des procureurs au parlement et par les notaires, sous la présidence de deux commissaires du Parlement. Son costume était semblable à celui du Prince d’Amour, mais il portait en plus le cordon bleu et la plaque de l’Ordre du Saint-Esprit.

De tous les cortèges, celui de la Basoche était de beaucoup le plus beau et le plus nombreux. Le premier bâtonnier ouvrait la marche, suivi par une compagnie de mousquetaires portant l’écharpe en soie bleu de ciel; le porte-enseigne avait aussi une compagnie de mousquetaires avec écharpes roses. Le deuxième bâtonnier, le capitaine des gardes, portaient une lance ornée de rubans. Le connétable, l’amiral, le grand maître et le chevalier d’honneur étaient suivis de vingt-quatre gardes en casaques de soie bleu de ciel doublées de blanc, avec des croix en dentelle d’argent sur la poitrine et dans le dos, le mousquet sur l’épaule et l’épée au côté. Le troisième bâtonnier était escorté par une compagnie de mousquetaires avec écharpes bleues; puis venaient le guidon du roi, la musique et les pages. Le Roi de la Basoche, entre deux gardes du Parlement, suivi de ses invités, fermait la marche. Une de ses prérogatives consistait, avant de se rendre à l’église, à faire acte d’apparition au Palais, où il siégeait quelques instants à la place du roi.