Le château. — Vue d’ensemble.
Dans la même cour, près de l’enceinte, un autre bâtiment plus modeste encore passera inaperçu aux yeux de tout visiteur non prévenu. Cet édifice servait de lieu de réunion à l’Echiquier de Normandie, il date des premiers temps du roman, ainsi que le montrent son pignon plat et sa porte surmontée d’un arc en plein cintre à bâtons brisés.
[p. 13] Il faut bien convenir que le château a perdu une grande partie de son intérêt depuis qu’a été abattu pendant la Révolution le donjon colossal d’Henri Ier. Il se composait d’une tour carrée, comme on les élevait aux premiers temps de l’architecture féodale, « d’une admirable grosseur et hauteur, dit De Bras, circuye de fortes murailles, et aux coings quatre grosses et hautes tours rondes à plate-forme à plusieurs estages que l’on a nommées l’une le Cheval blanc, l’autre le Cheval noir, la tierce le Cheval rouge et la quarte le Cheval grix ». Les vieux plans de Caen, une gravure du XVIIIe siècle, nous donnent le « portrait » de ce donjon qui devait avoir grand air et compléter heureusement au point de vue pittoresque, les tours de la Trinité et celles de Saint-Etienne.
Photo Neurdein.
L’Echiquier.
C’était aussi une forteresse que l’abbaye aux Dames: elle en avait, elle en a encore le robuste aspect. On pénétrait dans les bâtiments abbatiaux par une porte fortifiée à mâchicoulis qui a disparu au XIXe siècle, laissant vide une immense place sans caractère. Les gravures de Jolimont, du Caen démoli de M. Lavalley nous en ont seules gardé l’image. La Trinité eut ses défenseurs, son capitaine: ce ne fut rien moins au XIVe siècle que Du Guesclin. Les hommes du faubourg étaient tenus d’y [p. 14] faire le guet. Longtemps l’abbesse conserva certains privilèges militaires; ne donnait-elle pas au XVIIIe siècle, à certain jour, le mot d’ordre au major du château.
Pourtant, la vieille abbaye, fièrement campée sur la colline, avait toute autre destination, dans la pensée de sa fondatrice, que d’être forteresse; c’est à des jeunes filles de la noblesse normande qu’elle devait servir de refuge et d’abri. On sait à quel événement il faut attribuer la création des deux abbayes: Guillaume et Mathilde les ont élevées dans un sentiment de pénitence pour se réconcilier avec l’Église et la cour de Rome qui avait interdit leur mariage. A l’abbaye aux Dames les travaux commencés peut-être vers 1059, étaient assez avancés en 1066 pour que l’on pût procéder à la consécration, quelques semaines avant le départ de Guillaume et la conquête de l’Angleterre. Quand Mathilde mourut en 1083, elle fut inhumée dans le chœur: l’édifice était alors à peu près achevé au moins dans sa première forme.
Photo Neurdein.