Photo Neurdein.
Les Petits Murs, tableau de M. Tesnière au musée de Caen.
Il ne reste aucune trace à l’heure actuelle des édifices de ce temps. Les plus anciens monuments qui aient subsisté ont été élevés à l’époque de Guillaume, au moment où se créait et où fleurissait l’art roman. C’est ce duc qui de l’agglomération rurale a dégagé la ville; par des [p. 11] murailles tracées autour du grand Bourg il le sépara des quartiers où allaient se fonder l’Abbaye aux Hommes et l’Abbaye aux Dames. De ces murailles, il ne reste rien aujourd’hui; la partie que l’on montre sous le nom de murs de Guillaume, près de Saint-Etienne le Vieux, a été reconstruite après la prise de Caen par Edouard III, en 1346; alors les guerres ont forcé à modifier le tracé de cette enceinte, on l’a rapprochée de la ville en même temps qu’on la renforçait. Ces murailles, le XVIIIe siècle en a commencé la démolition, et sur leurs fossés, il a créé des boulevards; on en peut relever quelques fragments le long des avenues Saint-Julien, Saint-Manvieu. Il y a cinquante ans, les petits murs existaient encore le long de la petite Orne couverte aujourd’hui par le boulevard Saint-Pierre. Le pinceau de M. Tesnière nous en a conservé le souvenir dans une toile du musée de Caen. La tour Le Roy, récemment restaurée, qui se dresse aujourd’hui sur le même boulevard rappelle seule cette deuxième enceinte du grand bourg.
Photo Neurdein.
La tour Le Roy et le clocher de Saint-Pierre.
Guillaume, pour défendre la ville, éleva sur la falaise qui la domine le château que devait achever son fils Henri Ier. Le château actuel qui renferme les casernes n’est plus guère connu du public que par la Porte-de-Secours ou Porte-aux-Champs qui a conservé ses mâchicoulis, mais dont les quatre tours formant avant-corps ont été rasées. Avec son [p. 12] enceinte flanquée de tours pittoresques qui dominent la rue de Geôle, le quartier Saint-Pierre, le Vaugueux et la campagne, il donne l’impression de ce qu’étaient ces immenses places de guerre de l’époque normande. Il étonne encore aujourd’hui par ses dimensions considérables, et on comprend que le vieil annaliste caennais De Bras ait pu affirmer qu’il y a « plusieurs villes en France qui sont moindres que ce château comme Corbeil et Montferrand ». Cette immense cour, où selon le même témoignage, cinq mille hommes pouvaient manœuvrer à l’aise, contenait tout un quartier de la ville: nombre de maisons, une église paroissiale, des chapelles, des bâtiments qui eurent une haute importance historique. L’église Saint-Georges a conservé de l’époque romane un mur couronné de modillons bizarres, comme on en voit dans beaucoup d’églises rurales de la plaine de Caen, à Saint-Contest, par exemple, à Thury-Harcourt. Sa porte appartient au gothique flamboyant. A l’intérieur, on saisit le passage du gothique à l’art de la Renaissance et on remarque certaines dispositions propres aux charpentiers anglais; elle a été achevée au commencement du XVIe siècle sous les Silly, baillis de Caen et gouverneurs du château dont les armes se voient à une clef de voûte.
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