Au XVIIIe siècle, ce sont les Anglais qui commencent à remettre en honneur nos vieux monuments, c’est Ducarel qui conserve certains d’entre eux par ses dessins. Au XIXe siècle, lorsqu’après les guerres de l’Empire, les touristes Anglais se précipitent en foule sur le continent, ils fondent à Caen une véritable colonie. L’héroïne du célèbre roman de Thackeray Vanity Fair traverse cette société, Brummell, le dandy, le roi de la mode, l’ami de Barbey d’Aurevilly termine ses jours à Caen. Comme dans leurs propres villes, les Anglais ont là leur promenade, le cours aux Anglais. Au XIXe siècle encore, ce sont les Cotman, les Turner, les Dibdin qui ont les premiers décrit ces monuments dans des ouvrages, imparfaits sans doute, mais qui marquent une date dans l’histoire de l’archéologie française. C’est à Caen même, en partie grâce à ce mouvement venu d’Angleterre, que cette renaissance des études archéologiques a pris corps avec M. de Caumont, la société des Antiquaires et celle d’archéologie. Caen est donc un centre artistique à tous égards.
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Photo Neurdein.
Le Château. — La Porte-de-Secours.
CHAPITRE II
L’ART ROMAN ET LES DÉBUTS DU GOTHIQUE
Les origines. — La ville de Guillaume. — Les murs et le château. — L’abbaye aux Dames: la Trinité et l’Hôtel-Dieu. — L’abbaye aux Hommes: Saint-Etienne et le Lycée. — Saint-Gilles. — Saint-Nicolas. — Saint-Michel de Vaucelles.
Dans la vallée inférieure de l’Orne, au point où se fait sentir la marée, au centre d’une région naturelle, la Basse-Normandie, au point de rencontre de régions diverses par les productions agricoles, Bessin, Plaine de Caen, Bocage et Cinglais, une ville devait naître, port et marché. Les escarpements du calcaire de Caen qui dominent les tourbes où se rencontrent l’Odon et l’Orne se prêtaient à l’établissement de l’homme: peut-être leurs cavernes lui fournirent-elles un premier abri avant qu’il tirât les éléments de sa demeure des carrières qui ont fait la fortune de la ville. Aux époques préhistoriques, tout autour de l’endroit où Caen devait s’élever, on retrouve des traces de l’habitat humain qui correspondent aux diverses phases de la croissance de l’humanité.
[p. 10] La ville gallo-romaine de la région fut Vieux, la cité des Viducasses. S’il faut rejeter impitoyablement, au nom de la critique, toutes les prétendues mentions de Caen dans l’histoire avant le premier quart du XIe siècle, en pleine époque normande, ce n’est pas à dire que Caen n’existât pas auparavant. On lui attribue même, aujourd’hui, une antiquité très reculée, puisqu’on admet l’étymologie celtique proposée par M. Joret, qui fait dériver Caen de Catumagos, par les étapes Catomus, Cadomus, analogues à celles par lesquelles Rouen dérive de Rotomagos; mais nous ne trouvons pied sur le terrain solide de l’histoire qu’au début du XIe siècle. Dans quatre chartes des ducs Richard II et Richard III, entre 1020 et 1027, Caen apparaît comme une ville de quelque étendue, avec des églises, des moulins, une foire, un port, des vignobles, des prés. C’est, sans doute, une agglomération de hameaux juxtaposés: à l’est, Calix, encore aujourd’hui faubourg de Caen; au centre, Darnétal, quartier de Saint-Pierre et Gémare, avec leurs moulins; enfin, à l’ouest de la ville, Villers.