Crypte de la Trinité.

Au portail, un bas-relief moderne de style roman dont le modèle supérieur à la copie se trouve au musée des Antiquaires, figure la Trinité.

Lors de sa fondation, les deux souverains donnèrent à l’abbaye de grands biens situés à Caen même, à Gémare, dans le faubourg de Calix et à Ouistreham et aussi dans le Cotentin; plus tard, elle reçut des domaines situés en Angleterre. Mais ils firent davantage: une de leurs filles, Cécile, devint religieuse de cette abbaye et elle succéda à la première abbesse, Mathilde, que l’on avait appelée du monastère de Préaux. L’exemple donné par les fondateurs fut suivi; d’autres seigneurs y envoyèrent leurs filles; ce fut de tout temps un très aristocratique [p. 20] couvent; les plus grands noms de France se relèvent dans la liste de ses abbesses; au moyen âge, une Mathilde d’Angleterre, fille d’Henri III, une Adèle, fille d’Edouard Ier; au XVIe siècle, deux des filles du connétable de Montmorency, une sœur du roi de Navarre; plus tard, une Belzunce. L’abbaye semble avoir été un véritable centre littéraire; on y faisait des vers latins: l’existence n’y fut jamais triste. Les bâtiments dominant la ville étaient dans un site riant; n’est-ce pas du labyrinthe situé dans le parc, que l’on a la plus belle vue sur Caen? Les religieuses, d’ailleurs, n’y étaient pas confinées. Ouistreham était une sorte de demeure de plaisance pour les abbesses; quelquefois aussi, au moyen âge, elles partaient de ce port pour aller visiter leurs possessions d’Angleterre. Le sévère archevêque Eudes Rigaud y trouvait au XIIIe siècle soixante-quinze religieuses et peu de discipline; l’esprit de la Réforme y pénétra au XVIe siècle, celui des philosophes au XVIIIe. Charlotte Corday, si peu chrétienne, y avait fait ses études. Tel fut ce célèbre monastère. Il inspire aujourd’hui des pensées plus graves; les bâtiments abbatiaux, reconstruits au XVIIIe siècle, sur le plan du P. de la Tremblaye, religieux de l’ordre de saint Benoit, sont devenus l’Hôtel-Dieu. Il y a encore un parc magnifique dont la voûte abritait cette année même le cortège et l’immense foule venus pour assister à l’inauguration du nouvel hôpital.

Photo Neurdein.

La Trinité. — Vue d’ensemble.

[p. 21] L’église de l’abbaye aux Hommes dédiée à Saint-Etienne présente un plan tout aussi simple que celui de l’abbaye aux Dames, mais elle n’a pas le même caractère d’homogénéité, d’ailleurs relative: ici comme là, l’art gothique a achevé ce qu’avait commencé l’art roman, mais il y est entré pour une part beaucoup plus considérable. La durée des travaux semble avoir été extrêmement longue, comme il arrive toujours pour des édifices de grande étendue: or, la basilique de Saint-Etienne est un des plus grands monuments religieux de France, dépassant en longueur et la cathédrale de Bayeux et celle de Paris. Nous n’avons pas de textes pouvant fournir des dates exactes ou nous n’en avons que bien peu; l’examen archéologique ne peut permettre que des approximations, surtout dans un édifice qui offre autant de problèmes et d’aussi difficiles que celui-là. C’est en 1063 et non en 1066 que Guillaume appela Lanfranc de l’abbaye du Bec à Caen, ce n’est donc qu’à partir de ce moment que les travaux ont pu commencer; en 1077, ils étaient assez avancés pour que le même Lanfranc devenu archevêque de Canterbury pût, en présence [p. 22] du roi, de la reine Mathilde, d’un grand concours d’évêques, procéder à la consécration de la basilique. En 1087, Guillaume était enterré dans le chœur; mais au XIIIe siècle toute cette partie de l’édifice fut refaite. Le chœur actuel a été attribué par un des historiens de Caen à Simon de Trévières qui fut abbé de 1316 à 1344, on le date généralement de la première moitié du XIIIe siècle; au XIVe appartient la grande chapelle qui s’ouvre sur le collatéral sud. Les tours du portail sont du XIIe siècle, les flèches du XIIIe. En 1562, l’église fut pillée par les protestants; en 1503, Montgomery, commandant à Caen pour Coligny, enleva tous les plombs qui la recouvraient et la laissa ainsi ouverte à tous vents; en 1566, une mesure maladroite ordonnée par le sénéchal de l’abbaye, Jean le Goullu, amena la chute de la tour du transept. L’église était à peu près ruinée, et tout culte y fut suspendu jusqu’aux premières années du XVIIe siècle. En 1601, la destruction du rond-point des chapelles avait été ordonnée; les démarches actives du prieur Jean de Baillache empêchèrent ce désastre. C’est à son talent qu’on doit la restauration de l’édifice qu’il mena avec une intelligence, rare alors, de l’art du passé.

Photo Neurdein.

L’abbaye aux Hommes. — L’abside de Saint-Etienne.