Quel a été le premier architecte? Nous ne savons. On a contesté le goût pour les constructions du premier abbé de l’abbaye aux Hommes, Lanfranc; mais c’est par suite d’un contre-sens sur les textes qui le concernent; il est certain que partout où il a passé, au Bec, à Caen, à Canterbury, son administration a été signalée par de grands travaux; ce qui ne veut pas dire cependant qu’il ait eu des talents d’architecte; peut-être eut-il recours ici aux connaissances de ce moine Gondulph qu’il avait amené du Bec et dont nous avons parlé à propos de la Trinité.

Faut-il expliquer par une imitation du plan lombard certaines particularités de cette église? : « Il n’est pas du tout certain que le plan de l’abbaye aux Hommes, ait été emprunté, comme le croyait Ruprich-Robert, aux églises lombardes de Saint-Ambroise de Milan ou à Saint-Michel de Pavie. » Ces édifices sont vraisemblablement postérieurs à la basilique de Caen [1]. Le nom de l’architecte du chœur nous a été conservé par une inscription gravée en lettres gothiques à l’extérieur du chevet, sur le mur de la chapelle de la Vierge. à l’extérieur du chevet, sur le mur de la chapelle de la Vierge.

GVILLELMVS | JACET : HIC | PETRARVM | SVMMVS | IN | ARTE

ISTE | NOVVM | PERFECIT | OPVS | DET | PRIEMIA | CHRISTVS : AMEN

[p. 23] L’édifice donne une impression grandiose que Trébutien a bien exprimée et rendue. « L’architecte, dédaignant l’ornement, n’a visé qu’à la grandeur, et il a fait une œuvre sublime dans sa nudité. On admire une heureuse disposition des lignes, une savante combinaison des vides et des masses; les proportions du vaisseau sont vastes, les voûtes ont de l’élévation. » L’œil et l’esprit ne sont nullement choqués par ce chœur gothique venant terminer et comme éclairer cette église romane. S’il y a contraste, il n’y a point heurt, d’abord parce que la nef elle-même n’est [p. 24] romane qu’en partie, ensuite parce que la décoration du chœur ne comporte pas toute l’exubérance des époques postérieures.

Photo Magron.

Saint-Etienne. — La nef et le chœur.

L’avant-travée est aujourd’hui garnie par de belles orgues: la nef avec ses huit travées est surtout remarquable par l’alternance des piliers, l’un faible, l’autre fort: ce dernier porte une colonne appliquée contre un pilastre plus large formant saillie de chaque côté. Les voûtes sexpartites qui recouvrent aujourd’hui la nef de la basilique avaient-elles été conçues dès le plan primitif? Il y a là matière à discussion pour les archéologues et à l’heure actuelle, le problème paraît insoluble.

La nef comporte trois étages; des arcades élevées s’ouvrent sur les tribunes. Au-dessus, il y a par demi-travée une grande baie cintrée, flanquée alternativement à droite ou à gauche d’une petite baie qui donne sur la galerie de circulation. Les collatéraux sont voûtés d’ogive et portent des tribunes d’où on peut étudier le problème de la construction des voûtes. Les croisillons du transept sont également couverts de deux croisées d’ogives: une tribune qui était nécessaire pour aborder le deuxième étage des absidioles s’ouvrant sur le transept dans l’ancien plan, joint aujourd’hui les tribunes du déambulatoire à celles des collatéraux et permet ainsi de faire le tour de la basilique; de saisissantes perspectives s’offrent ici au visiteur.