Le chœur de Saint-Etienne très vaste est éminemment propre à la majesté des offices du culte dans une grande abbaye ayant un nombreux personnel. Il présente une baie en tiers-point; au-dessus une baie en plein-cintre, s’ouvrant sur les tribunes, abrite deux fenêtres en lancette éclairées en arrière par une rosace.

Sur le déambulatoire donnent quinze chapelles qui ont conservé leurs anciens autels; l’une de ces chapelles, la première à droite, sert de sacristie; on y trouve trois tableaux anciens: le Denier de César, l’Education de la Vierge, le Martyre de saint Laurent et un portrait de Guillaume le Conquérant, copié en 1708 sur une peinture murale qui avait été faite lors de l’exhumation de Guillaume en 1522. La date de la peinture primitive explique que le roi soit représenté avec le costume d’Henri VIII.

Le chœur a un mobilier très artistique qui date de la fin du XVIe siècle et du XVIIIe et qui remplace les trésors pillés par les protestants: ce sont d’abord de fort jolies stalles, au nombre de cinquante-huit, dues à un menuisier caennais Lefebvre, elles représentent surtout des enfants dans les attitudes les plus variées. Au XVIIIe siècle, le fameux Coysevox fournit les anges adorateurs du maître-autel et Michel Fréville, [p. 25] fondé de pouvoirs de l’abbaye, acheta du maître orfèvre parisien Hervieu la garniture de ce maître-autel, la plaque, six chandeliers, le tabernacle et la croix; l’administration révolutionnaire considérant que c’étaient là des chefs-d’œuvre les employa fort ingénieusement pour le culte de l’Être suprême.

Le chœur de l’abbaye aux Hommes renferme les restes de Guillaume: malgré les protestations d’un bourgeois de Caen nommé Asselin, qui réclamait l’emplacement de la sépulture, il reposa en paix jusqu’en 1522; l’abbé eut alors la fantaisie de l’exhumer; en 1562, son tombeau fut profané et ses ossements dispersés. Dom Bailhache le fit réédifier en 1642, mais un siècle après, les religieux eux-mêmes, pour la commodité de leurs offices, reléguèrent le tombeau au pied de la première marche du chœur. La dalle de marbre qui recouvrait les ossements de Guillaume fut détruite en 1793 et restaurée en 1802, sous l’administration du général Dugua, préfet du Calvados. Les Martigny qui ont été au XVIe siècle évêques de Castres et abbés de Saint-Etienne avaient fait élever leurs tombeaux dans la basilique. Ces œuvres, qui étaient très [p. 26] probablement italiennes, ont été détruites par les protestants. Dans le transept la magnifique horloge qui date de 1735 occupe toute la tribune du croisillon nord, ses boiseries richement sculptées sont dues à Poche; la chaire est une œuvre du XVIIe siècle, les orgues du XVIIIe siècle dues à trois facteurs de Rouen nommés Lefebvre, sont supportées par deux figures colossales, copies des cariatides de Puget, qui ornent l’Hôtel de Ville de Toulon. Si l’église a de belles orgues récentes, inaugurées par Guilmant en 1885, ses tours renferment des cloches de fabrication moderne d’une grande puissance; les jours de fête, la voix ample et grave de Saint-Etienne se fait entendre, comme c’est justice, au-dessus des carillons de toutes les autres églises.

Photo Magron.

Saint-Etienne. — Les tribunes.

Photo Magron.

L’abbaye aux Hommes. — Le cloître. Cour d’honneur du Lycée.