L’extérieur de Saint-Pierre suscite l’admiration par sa tour tant de fois décrite et comparée par les archéologues anglais à celle de Salisbury, la plus célèbre des tours anglaises. Entre toutes les descriptions, prenons celle du vieux de Bras: « Ce qui est le plus singulier, c’est la tour ou pyramide, laquelle est d’une admirable hauteur fondée sur quatre moyens piliers de si subtil artifice qu’on ne voit et ne s’aperçoit-on du fondement, soit en entrant à l’Église par-dessous cette tour, ou à l’opposite par l’une des ailes. Puis est au-dessus élevée la pyramide d’une émerveillable hauteur qui est percée par quarante-huit grandes étoiles vides, où soufflent et coulent les vents qui empêchent d’endommager cette pyramide qui n’est que de quatre doigts d’épaisseur et en sont les pierres jointes les unes aux autres par crampons de fer et cimentées par le dedans. » De Bras a vu les tours de Paris, Rouen, Toulouse, Avignon, Narbonne, Montpellier, Lyon, Amiens, Chartres, Angers, Bayeux, Coutances, mais à ses yeux « cette tour de Saint-Pierre excède toutes les autres ».
Le grand portail a encore de la grandeur sous son gâble élevé. Au tympan était représentée la vie de saint Pierre qui a disparu. A été également mutilé le portail nord du XIVe siècle. On peut à peine distinguer sur le tympan un bas-relief représentant Jésus-Christ et une scène du Jugement dernier dont la figuration au portail des églises était traditionnelle.
Les contreforts et arcs-boutants qui par-dessus les collatéraux viennent appuyer la retombée de la voûte sont d’un tracé très ferme. Mais c’est surtout vers l’abside que se portera l’admiration. La haute église du XVe siècle avec ses fenêtres flamboyantes émerge encore au-dessus de la forêt de candélabres, de pinacles qui marquent les arcs-boutants de l’abside. L’œil n’est pas moins charmé par la composition des fenêtres d’Hector Sohier: substitution de l’arc en plein cintre à l’arc en tiers-point; suppression des meneaux, nécessaire pour éclairer le détail des caissons intérieurs; oculus qui éclairent au-dessus de la balustrade la chapelle de la Vierge, mais surtout, à mesure que l’on s’éloigne du sol, luxe et profusion de la décoration, luxe qui ne choque point l’œil, tant [p. 47] il y a de sûreté d’exécution dans la frise au-dessus des fenêtres et dans celle des balustrades où on aperçoit des enfants, génies ou anges, un saint Jean, des têtes de femme, des masques, des têtes d’animaux, des objets mobiliers, qu’enlacent, enroulent des arabesques infinies. On ne songe pas à critiquer les « légers et hardis clochetons qui, suivant la fine remarque de M. Joly, semblent l’œuvre d’un sculpteur sur bois, d’un tourneur, autant que d’un maître de la matière ». Ces pinacles évasés par le bas vont culminer jusqu’au-dessus de la balustrade du chœur, magnifiques candélabres disposés autour du pavillon octogonal, diadème qui [p. 48] couronne la chapelle de la Vierge. Si c’est un symbole, c’est bien tout ce que l’inspiration religieuse a apporté ici. Et sans doute, l’effet était plus saisissant encore, lorsque l’abside venait baigner dans la rivière par ses parties basses presque dénuées de décoration et qui n’apparaissaient pas alors aussi crûment.
Photo Neurdein.
Saint-Pierre. — La nef.
Une tour gothique, une abside Renaissance, nous allons retrouver tout cela dans l’église Notre-Dame-de-Froide-Rue, aujourd’hui Saint-Sauveur, d’ailleurs très différente à d’autres égards de Saint-Pierre et de presque toutes les églises. Il y a là des dispositions très originales dues au hasard du développement de l’édifice, nous nous trouvons en présence d’une des paroisses les plus anciennes de Caen, fondée par saint Regnobert au VIIe siècle. De cette église, est-il besoin de dire qu’il ne reste rien, ni de celle qui la remplaça, ni de celles qui se succédèrent jusqu’au XIVe siècle?
Au XIVe siècle ou à la fin du XIIIe fut construite la tour, pyramide qui paraît une sœur jumelle de Saint-Pierre, plus massive, moins élégante, moins élancée, peut-être antérieure, mais de plan à peu près semblable. Vue de l’Université avec ses longues baies, sa balustrade, ses huit clochetons, ses huit fillettes, elle a vraiment grand air.
Quel est l’âge des deux nefs? Celle qui, à cause de son abside Renaissance, semble la plus récente est en réalité la plus ancienne. Les colonnettes qui garnissent les piliers des deux tiers de l’église appartiennent au XIVe siècle. Sans doute, il y a eu une église assez étroite et à nef unique complètement englobée dans des maisons.
La seconde nef a tous les caractères du gothique flamboyant; elle n’était pas encore construite en 1492, elle date des dernières années du XVe ou des premières années du XVIe siècle. On était gêné par les maisons de la Grande-Rue et par le voisinage de la Froide-Rue, d’où l’aspect bizarre et la ligne sinueuse de l’édifice; un arceau d’apparence hardie fait communiquer les deux nefs.