Notre-Dame-de-Froide-Rue a pris son nom à Saint-Sauveur du Marché, église fondée par saint Regnobert. aujourd’hui désaffectée et [p. 51] transformée en halle au beurre; le transept et la tour carrée semblent remonter au XIIe siècle. La nef du XVe s’ouvrait jadis sur la place par un joli portail de la même époque. Un dessin pris par Ducarel au XVIIIe siècle avant qu’on ne lui substituât le portail moderne d’un goût si déplorable, permet encore de s’en faire une idée; il présentait tous les caractères du gothique flamboyant. A l’intérieur de l’édifice, on remarque le chapiteau d’un pilier de la tour, où un mendiant d’un réalisme saisissant se traîne à genoux, appuyé sur sa béquille, et tend sa sébile. Au XVIe siècle appartiennent le chœur et les contreforts de l’abside. Le chœur, d’après l’abbé de la Rue, aurait été commencé en 1530 et achevé en 1546. Un document inédit de 1616 nous dit en effet qu’ « en ce temps, décembre 1546, furent faits le chœur et la chapelle de la Magdeleine ». Lorsqu’en 1836, on abattit la flèche élevée au XVIIe siècle, les clefs de voûte furent transportées au Musée des Antiquaires. Ici, comme au vieux Saint-Etienne, on retrouve sur l’une d’elles tous les instruments de la Passion. Quatre autres portent un blason qui, d’après Raymond Bordeaux, indique une famille récemment anoblie. L’acte de 1616 nous fait connaître les noms des fondateurs de la chapelle: un bourgeois nommé Jacques Poulain et son fils Sébastien. Est-ce Jacques Poulain que nous apercevons de la rue Saint-Sauveur dans un médaillon qui orne un contrefort de l’abside? Il porte la barbe et la fraise à la Henri II. Au-dessus du médaillon, deux jeunes enfants s’ébattent comme de jeunes poulains. On a cru reconnaître dans toute cette partie de l’édifice la marque du génie d’Hector Sohier. Ce sont bien en effet de grands contreforts à pilastres assez semblables à ceux de Saint-Pierre qui soutiennent les arcs-boutants de l’abside. Mais ce médaillon fait songer à la manière des Le Prestre, ainsi qu’un autre médaillon à triple face que nous retrouverons à la tour des Gendarmes.

Dans les édifices civils, dans les beaux hôtels du XVIe siècle, nous allons admirer le génie des Le Prestre: à la tour des Gendarmes, à l’hôtel d’Ecoville et à la maison de la rue de Geôle.


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Photo Neurdein.

Hôtel de Than.

CHAPITRE IV
L’ART GOTHIQUE ET LA RENAISSANCE (SUITE)
II — LES ÉDIFICES CIVILS

L’habitation privée à Caen. — L’hôtel de Than. — L’hôtel d’Ecoville. — L’hôtel de la Monnaie. — La maison de la rue de Geôle. — Le manoir des Gendarmes.

Il est regrettable qu’il ne se soit pas trouvé quelque antiquaire de loisir, ayant visité beaucoup de vieilles maisons, pénétré dans beaucoup de cours qui ne sont point toutes engageantes, monté beaucoup d’escaliers qui ne sont point tous solides, contemplé le nez en l’air, beaucoup de lucarnes, compulsé, courbé sur des parchemins, beaucoup de titres de propriété qui ne sont pas tous faciles à lire, dépouillé, labeur ingrat, je le sais, les registres du Tabellionnage, pour écrire une histoire de l’habitation privée à Caen. M. de Beaurepaire, dans une notice sur une [p. 53] maison du XVIe siècle à décoration extérieure polychrome, avait donné un très bon modèle de ce genre de monographies, n’a étudié les vieilles maisons qu’au point de vue du blason. L’habitation privée se renouvelle encore plus vite que l’église et, à vrai dire, si même dans cet ordre d’idées nous trouvons quelques constructions anciennes à Caen, ce sont encore des édifices religieux: dans la rue Bicoquet, en face la venelle Saint-Blaise, la porte de l’Aumônerie date du XIIe siècle. Plus tard fut construit rue Neuve-Saint-Jean le manoir épiscopal, enfermé aujourd’hui dans le couvent de Notre-Dame-de-Charité. Ce palais fort ancien doit dater de la fin du XIVe siècle. On y voit les armes de Nicolas du Bosc, évêque de Bayeux à cette époque.