Photo Neurdein.

Rue Porte-au-Berger.

Si nous passons aux habitations privées, remarquons que beaucoup d’entre elles ont conservé au rez-de-chaussée l’ancienne arcade qui donnait accès dans la boutique. Le XVe et les débuts du XVIe siècle ont vu élever de belles maisons de bois artistement sculptées. On a justement fait remarquer que ce genre de construction se prête admirablement à l’encorbellement des étages les uns sur les autres et sur le rez-de-chaussée. Ainsi, la dimension des pièces est augmentée et le premier étage forme auvent sur un rez-de-chaussée servant de boutique. Cette disposition convient tout à fait à des marchands.

[p. 54] L’une des maisons les plus anciennes est la maison en bois n° 94 de la rue Saint-Jean. La façade de la belle habitation des Quatrans, dans la rue de Geôle, fut élevée avant la domination anglaise, car les Quatrans émigrèrent alors et vendirent leurs biens. C’est encore en bois que l’on construit sous Louis XII les maisons de la rue Saint-Pierre n° 52 et 54, et deux jolies maisons à pignon n° 10 et 12 de la rue Montoir-Poissonnerie que pour quelques traits de leur décoration, on attribue au règne de François Ier.

Photo Neurdein.

Maison Quatrans. — Façade.

La maison n° 52 de la rue Saint-Pierre, bien connue des touristes, porte les armes des Mabré, bourgeois caennais qui, au cours du XVIe siècle, arrivèrent tous aux fonctions publiques et dont le dernier fut anobli. La place centrale qu’occupe l’archange dans la décoration désigne celui des Mabré pour qui elle a été élevée, Michel, échevin en 1509. Cette maison se compose d’un rez-de-chaussée, de deux étages et d’un pignon superposés avec un léger avancement d’étage en étage sur la rue. Au-dessus des deux portes du rez-de-chaussée, s’étend dans toute la largeur de la façade un poitrail sculpté portant au centre un écusson. Quatre ouvertures donnent la lumière au premier étage. Les montants portent des statuettes au nombre de sept. Saint-Michel terrassant le démon occupe la place centrale; à droite et à gauche des statues de la Vierge, de l’Enfant Jésus, [p. 55] de Saint-Pierre tenant les clefs. Nous sommes encore au règne de Louis XII, la décoration est simplement et naïvement religieuse. Au second étage, il n’y a plus que trois statues. Enfin le pignon, couronné d’un faîtage aigu, laisse apercevoir, plus ou moins ornementées, toutes les pièces de charpente. Ce qui fait la remarquable originalité de cette maison, c’est que sa haute façade paraît revêtue du rez-de-chaussée jusqu’au toit, de carreaux vernissés ou faïences. Ces céramiques pourtant n’étaient pas alors employées à Caen. Ici on a rempli de couches profondes de plâtre les interstices de la bâtisse en bois; on a gravé en creux sur ce plâtre humide les dessins qu’on voulait représenter, puis on a rempli ces creux de pâtes ou de mastics de diverses couleurs. A l’heure [p. 56] actuelle, les rouges et les noirs ont conservé leurs nuances primitives, tandis que les bleus, les verts, les jaunes, ont pris des teintes ternes et passées. Cette décoration polychrome est d’un très joli effet.