Photo Neurdein.

Hôtel d’Ecoville. — La grande lucarne.

Entre les deux pavillons, une loggia ouverte à deux étages abrite le péristyle et l’escalier. Elle est couronnée d’une double lanterne que l’on compare ambitieusement à celle de Chambord. A la plus grande, un petit temple circulaire abrite un Priape, elle est elle-même surmontée d’une coupole qui est couronnée par un Apollon. L’apollinisme triomphe donc encore ici; mais qui expliquera le Priape et que viennent faire dans cette apothéose de l’apollinisme le cavalier de l’Apocalypse qui se trouvait au-dessus de la porte d’entrée et une scène finement sculptée tirée de la même source que l’on voit au tympan de la jolie porte intérieure du péristyle de l’escalier.

Photo Neurdein.

Hôtel d’Ecoville. — La lanterne.

Ne simplifions pas trop l’hôtel Ecoville. Nicolle le Valois qui le fit bâtir était un homme d’un esprit ardent, curieux, qui avait beaucoup lu, beaucoup cherché; adepte de la philosophie hermétique, il était en même temps humaniste, alchimiste; administrateur habile d’une colossale fortune, il était fier de sa culture variée, aimait à l’étaler, comme il était fier de ses richesses, de sa noblesse récente. Ses armes brillent aux façades de l’édifice, d’une manière éclatante, bien en vue, bien en [p. 60] lumière. Peut-être aussi y a-t-il dans toute cette décoration un goût pour le symbolisme? il n’est point pour surprendre de la part d’un fervent de l’alchimie, qui est moins une recherche chimique des moyens de faire de l’or, comme le vulgaire se le figure, qu’une recherche profonde de la signification philosophique des choses. Mais avant tout, l’homme, comme son époque, se résume dans ce mot: éclectisme. Et c’est bien aussi ce que l’on retrouve dans le troisième pavillon formant le revers de la façade extérieure. Il n’y a plus là de grands ensembles, mais de jolis détails, des bucrânes, têtes de bœufs décharnées, motif décoratif que l’Italie a mis à la mode, des blasons, des cartouches, des bandelettes.

Éclectisme aussi peut-être dans le choix même des artistes appelés à la décoration de cet édifice. L’œuvre est française et fait honneur à la Renaissance normande et au maître maçon caennais, Blaise Le Prestre qui, certainement, y travailla et en éleva la façade située sur la rue, sinon tout l’édifice [7]. Nous avons déjà noté certaines influences italiennes. N’y eut-il pas des Italiens parmi les collaborateurs de Blaise Le Prestre dans son atelier? Le P. Porée a justement rapproché les deux statues de David et de Judith des œuvres d’Antonio Pollajuolo et de Verrochio. Il a fait remarquer l’analogie que présentent les deux socles des statues avec les sarcophages surmontés par des griffes de lion amorties en feuillage que l’on trouve au tombeau des enfants de Charles VIII à Tours, œuvre de Jérôme de Fiesole et de Guillaume Regnault. Le David, avec ses formes allongées, son cou grêle, fait un peu songer au Saint-Georges de Donatello.

Avant de quitter l’hôtel d’Ecoville, pénétrons dans une petite cour voisine qui se trouve à gauche. Au fronton des fenêtres sont sculptées trois têtes de femme, moins remarquables que la sculpture de l’hôtel Le Valois, mais qui témoignent déjà d’une bonne facture. Il y a là comme une première ébauche de l’idée décorative tirée de la tête faisant saillie au-dessus de la lucarne.