Le Lycée. — L’escalier et les grilles.
De tous ces hôtels, le mieux conservé est celui dans lequel vient de s’installer le Bureau de bienfaisance, connu sous le nom d’hôtel Marcotte. Il se trouve dans la petite rue de l’Engannerie; le salon, bien décoré, offre quatre jolies peintures allégoriques sur toile, une gerbe de fleurs qui fait penser aux tableaux de Blin de Fontenay; enfin, aux angles arrondis, six panneaux sur bois, que l’on a pris longtemps pour des laques chinoises; avec un relief obtenu par la pâte de papier, dans un procédé analogue au vernis Martin, de jolies scènes ont été représentées, scènes de chasse, de pèche, de promenade, promenade en barque, en palanquin. Le décor a l’aspect chinois, mais d’un chinois de paravent. Le type des personnages est français: des moustaches à la tartare et des chapeaux pointus les déguisent mal; une femme porte un col de dentelles sur un décolletage, ce qui en Chine serait bien extraordinaire. Les nègres coiffés de turbans jouent le rôle de serviteurs: ils rappellent tout à fait ceux que l’on voit dans les tableaux de l’école française du [p. 81] XVIIIe siècle; les mouvements, très naturels, sont bien dessinés: notons un nègre qui rame; un autre joue de la trompe, en tête d’un cortège de mandarins; un pêcheur retire ses filets. Les détails d’un minuscule service à thé sont charmants. Tout cela est très joli, très artistique, en même temps que très amusant.
Photo Neurdein.
Le Lycée et le parc. — La place Fontette.
Les guides ne décrivent point l’hôtel Marcotte, ils ne décrivent pas non plus et pour cause, le couvent des Ursulines, situé rue Pasteur. Ces religieuses se transportèrent, quand elles se réorganisèrent après la Révolution, dans deux hôtels qui se trouvent en face du pavillon ouest de l’Université. C’étaient de belles constructions de la seconde moitié du XVIIe siècle ou du commencement du XVIIIe. De jolies salles, malheureusement coupées en petites pièces par les Ursulines, contenaient de magnifiques boiseries sculptées. L’hôtel était surtout remarquable par des jardins fort étendus, peuplés de statues, de dieux, de déesses, un Jupiter qui tenait des palmes de marbre, un buste que l’on croit sans raison décisive être celui de Louis XIV. De très rares visiteurs ont pu contempler ces merveilles, toutes ces richesses qui ont été dispersées ainsi que celles qu’y avaient apportées les Ursulines. Elles possédaient de fort belles tapisseries; préparées par les Religieuses de Caen du vivant de la fondatrice Mme de Bernières, elles avaient été fabriquées à Paris sur les cartons d’un peintre local, Champagne-la-Feye. On y voyait [p. 82] dans le cadre d’un paysage italien l’embarquement de sainte Ursule et des onze mille vierges et leur martyre, sujet qui a inspiré quelques-unes des plus belles toiles de la peinture flamande et de la peinture italienne.
Photo Neurdein.
Les promenades Saint-Julien.
A cette époque appartient également le charmant pavillon des échevins de la Foire, malheureusement resté inachevé. Il s’élevait autrefois comme du milieu des eaux dans une petite île formée par deux bras de l’Orne. Ce pavillon sert aujourd’hui de lieu de réunion aux Sociétés savantes. Il apparaît sur de vieilles estampes avec tout son caractère et pour lui on se sent disposé à faire exception au jugement sévère porté généralement sur les constructions du XVIIIe siècle.