D’autres changements ont eu lieu encore; celui qui a fait le plus de bruit, un bruit qui a retenti jusqu’à Paris ou plus exactement qui a retenti à Paris et s’est ensuite répercuté dans la paisible ville, ce fut la transformation de la Place Royale. Le Louis XIV restauré au XIXe siècle [p. 88] fut relégué il y a quelque trente ans sous les ombres du Parc, devant le Lycée. Avec lui disparurent les tilleuls qui faisaient à la Place un si joli cadre et lui donnaient tout son caractère: un jardin public banal avec un kiosque à musique et la statue de Demolombe les ont remplacés. Disparu aussi le bastion Henri IV qui datait des Jésuites et était devenu une des promenades chères aux vieillards et aux bébés. Les éloquentes protestations de Trébutien n’ont pu rendre à Caen « sa Petite Provence ».

Voyons maintenant ce que le XIXe siècle a fait pour l’embellissement de Caen: une Préfecture dans le style gréco-romain, avec des colonnes rostrales un peu inattendues sur la façade d’un bâtiment administratif; mais les jardins sont idéaux et la disposition intérieure des appartements est heureuse; un Théâtre qui ressemble à tous les théâtres et n’est point laid; une École normale d’instituteurs bien située et spacieuse. On a utilisé mal, pour l’Ecole normale des institutrices, le Palais de Guillaume qu’elles ne prennent pas pour un palais, tant il est peu confortable. Le Palais de l’Université, rebâti sous Foucault au commencement du XVIIIe siècle, a dû être reconstruit, mais on y a ajouté une bibliothèque qui le complète heureusement: elle se présente bien extérieurement et à l’intérieur c’est un modèle d’installation logique et confortable.

Photo Neurdein.

Le jardin des plantes. — Les serres.

[p. 89] Le XIXe siècle a été un siècle de sculpture et de statuaire. En 1828, sous la Restauration, on éleva sur la place du Lycée un monument au duc de Berry; dépouillé de ses bas-reliefs en 1830, il n’apparaît plus que comme un monolithe ridicule. La cour d’honneur de l’Hôtel de Ville a reçu deux jolis groupes en bronze: les Dénicheurs de M. Lechesne que Théophile Gautier appréciait en termes élogieux, mais quelques peu énigmatiques lorsqu’il disait « qu’ils forment les deux chants d’une idylle ». L’autre groupe d’Arthur Leduc, intitulé Centaure et Bacchante est d’une belle allure.

Photo Neurdein.

Le monument aux mobiles du Calvados.

Le Jardin des Plantes renfermait, avec la pierre tombale de Desmoueux, l’un de ses fondateurs, une statue de Malherbe représenté en Apollon, la lyre à la main, oeuvre qu’un sculpteur caennais avait composée pour Segrais. Toutes deux sont fort endommagées par les intempéries qui ont détruit une autre œuvre remarquable de Lechesne, l’Amour vainqueur de la férocité.