On voit combien il importe de connaître l’histoire et la légende de l’établissement du christianisme, pour comprendre les monuments mêmes qui se dressent encore tout autour de Bayeux. Cette première évangélisation semble bien avoir demandé de longues années, [p. 111] nécessaires pour gagner ces populations barbares où l’apport germanique amenait sans cesse de nouveaux éléments païens; mais tout ou à peu près fut à refaire après l’arrivée des Normands.
Photo des Monuments historiques.
Tympan et porte de Saint-Loup-Hors.
Les successeurs de Rollon réunirent définitivement le Bessin au duché; on attribue — sans preuve — au duc Richard Ier la construction du château aujourd’hui détruit, qui occupait tout l’intérieur de la place Saint-Sauveur. Guillaume mit à la tête de l’évêché son demi-frère Odon, le fils de la belle Ariette. Le nouvel évêque aussi belliqueux, aussi ambitieux, mais aussi actif et aussi bâtisseur que son frère, voulut achever la cathédrale.
La mort de Guillaume le Conquérant, surtout celle de son fils Guillaume le Roux, furent suivies d’une longue période de guerre entre Henri Ier, roi d’Angleterre, et Robert Courteheuse, duc de Normandie. Pendant que Robert fortifiait Caen, Henri Ier parti du Cotentin s’avançait vers Bayeux qu’il assiégea le 30 avril 1105. Le vendredi 5 mai il donna l’assaut. Le poème latin de l’évêque de Séez, Serlon, nous raconte avec beaucoup de rhétorique cet événement et le terrible incendie qui le suivit: les Bayeusains prirent la fuite devant les contingents manceaux et s’entassèrent dans la cathédrale; les Manceaux y mirent le feu, elle fut en partie brûlée, le fléau gagna le reste de la ville et dix églises furent détruites en totalité ou en partie.
Les troubles qui suivirent: longues guerres de Henri Ier contre le roi de France, de 1106 à 1128, guerre civile entre Etienne de Blois et l’impératrice Mathilde, ne permirent guère à Bayeux, à son évêché, à sa cathédrale, de se relever de leurs ruines. C’est surtout au XIIIe siècle, après la conquête de la Normandie par Philippe Auguste, que Bayeux put [p. 112] connaître la paix, la prospérité et une nouvelle ère de constructions: on acheva l’évêché commencé par Odon; l’évêque Robert des Ablèges éleva un hôpital qui a été refait à la fin du XVIIe siècle. Enfin, c’est sans doute au même temps qu’il faut faire remonter un étrange édifice connu des touristes sous le nom de Lanterne des morts. Un archéologue local, M. Lambert, avait cru voir là un de ces fanaux dont on se servait pour éclairer les cimetières. C’est tout simplement une cheminée cylindrique en forme de colonne, coiffée d’une pyramide conique assez élancée, percée de trous et portée sur des colonnettes.
Photo Neurdein.
Cheminée dite Lanterne des Morts.