Photo Neurdein.
Maison de la rue Bienvenu.
Nous voilà donc en pleine Renaissance. Ici, Louis de Canossa, évêque de Tricarico au royaume de Naples, a rempli le rôle qu’avaient joué à Caen les abbés de Saint-Etienne. C’est une curieuse figure trop peu [p. 117] connue que celle de cet évêque, ami d’Erasme, partisan d’une réforme de l’église, porté aux nues pour ses statuts, loué par les humanistes de l’Université de Caen. C’est un généreux Mécène: au trésor, il donne deux anneaux d’or, et à la fabrique deux chappes, une chasuble, une tunique et une mitre, mille écus d’or pour avoir d’autres ornements. Au bout de six années d’épiscopat, il a déjà dépensé plus de 4.000 livres en réparation de maisons; c’est à lui très vraisemblablement que l’on doit l’achèvement de l’ancien évêché commencé sous Odon, continué au XIVe et au XVe siècle. Dans le corps de logis parallèle à la cathédrale qui sert aujourd’hui de Palais de Justice se trouve une jolie chapelle de la Renaissance; avec ses voûtes ornées de pendentifs, ses niches à dais dans les angles, elle fait penser au porche du vieux Saint-Etienne. On y remarque aussi une belle cheminée du XVIe siècle, des portes modernes sculptées dans le bois, l’une d’elles reproduit dans sa disposition générale et dans quantité de détails la porte intérieure de l’hôtel d’Ecoville.
Photo Neurdein.
Maison de la rue Bourbesneur.
Plus heureuse que Caen, Bayeux a une belle tour de la Renaissance, celle de Saint-Patrice. Ce n’étaient point seulement les évêques, les riches bourgeois, c’était la foule même qui était gagnée par le goût nouveau. Suivant les historiens bayeusains, cette tour a été élevée aux frais [p. 118] d’un riche habitant de la paroisse appelé Samson, dont les armoiries se voient à l’intérieur du monument. Il est sage de se défier de ces légendes qui attribuent à la générosité d’un seul des constructions considérables. Il se peut qu’un Bureau à Saint-Etienne de Caen, un Samson à Saint-Patrice de Bayeux aient donné, comme nous dirions, la forte somme. Mais l’œuvre est presque toujours le résultat des efforts d’une ou de plusieurs collectivités; ainsi par une délibération du 24 octobre 1547, le chapitre de la cathédrale de Bayeux accorde cent sous aux paroissiens de Saint-Patrice, en considération d’une nouvelle tour qu’ils font élever. Sur la tour même, un cartouche porte la date de 1549. Comme dans d’autres monuments de la Renaissance, l’ornementation si brillante qui caractérise [p. 119] ce style ne se fait apercevoir qu’à une certaine hauteur. Saint-Patrice était jadis engagée au milieu d’autres bâtiments. Une petite porte et une ouverture cintrée décorent seules la façade méridionale. Au premier étage apparaissent des colonnes d’ordre dorique. Au-dessus de cet entablement, huit colonnes d’ordre ionique supportent une architrave, une frise et une corniche de même ordre. Huit gargouilles, sous la forme de monstres fantastiques, placées au-dessus de la corniche, surmontent chacune des huit colonnes. Le monument qui atteint son plus large développement à ce troisième étage va ensuite pyramider par un socle carré orné de pilastres avec chapiteaux corinthiens; trois coupoles aux arcades cintrées de plus en plus petites couronnent cet édifice. A l’angle [p. 120] nord-est du monument, un escalier se termine par un de ces petits campaniles si chers aux architectes de la Renaissance. Avec ses sept étages, cette tour présente un ensemble des plus gracieux et des plus gais.
Photo Magron.