— Ah! ça, je l'ignore, dit Emmeline.

— C'est que j'ai là le livret du Salon et, s'il y avait eu un tableau, j'aurais tout de suite ses tenants et ses aboutissants. Au reste, laissez-moi faire, je le retrouverai bien.

— Mais c'est que nous n'avons pas le temps d'attendre! se récriait-elle. Demain peut-être il sera trop tard.

Il prit, sans doute pour se donner une importance sérieuse aux yeux d'Emmeline, une attitude réfléchie et méditative ; puis, comme un homme qui tient son scenario, il lui posa cette question, probablement de beaucoup la plus grave pour lui :

— Mais qu'est-ce qu'on donnerait pour mettre ce joli monsieur dans l'impossibilité de nuire? Rien que pour le retrouver, il va falloir se mettre en quatre.

Elle le rassura tout de suite :

— Ne vous préoccupez pas de ça, dit-elle. Otez cet homme-là de notre chemin et je serai encore trop contente de vous payer ce service-là dix mille francs.

— Je vois que vous êtes raisonnable, repartit Gustave, en se léchant les lèvres. Il y a si peu de gens qui le sont… raisonnables.

— Ainsi, appuya-t-elle, vous ne risquez rien d'aller de l'avant. Vous me direz ce que j'ai à faire et vous me trouverez prête à tout. Tenez, voilà toujours mille francs pour vos premiers dérangements.

Et, tirant du creux de sa main gantée un magnifique billet d'un bleu céleste, elle le tendit à Gustave, qui le sentit trembler entre ses doigts, tant l'impression lui en parut douce et émotionnante.