— Nous disons Gérald? demanda-t-il. Un jeune?

— Vingt-sept ou vingt-huit ans.

— Petit? blond? gras? maigre?

— Un grand brun avec une forêt de cheveux qu'il rejette continuellement en arrière.

— L'essentiel, fit-il judicieusement remarquer, c'est d'abord de mettre la main dessus. Nous examinerons ensuite par quel côté il vaut mieux l'attaquer. Il n'a pas de fortune, au moins?

— Un peintre! où l'aurait-il prise? demanda-t-elle naïvement.

— On ne sait pas, il y a des bonhommes à manies qui font de la peinture pour s'amuser. S'il est pauvre, tout ira bien ; sinon, ce sera bien plus dur. Avec de l'argent, on se défend toujours.

Emmeline lui fournit encore toutes les explications qu'elle crut de nature à l'aider dans un plan qu'elle entrevoyait vaguement sans que les lignes en fussent arrêtées dans sa tête, pas plus qu'elles ne l'étaient pas sans doute dans celle de l'ex-réclusionnaire.

Elle lui tendit la main en lui répétant à cinq ou six reprises d'agir en toute hâte. Il y allait de leur salut à tous deux. L'alternative qui se présentait, spécialement pour Gustave, était celle-ci : ou un magot de dix billets comme celui qu'il venait d'empocher avec une joie ineffable ; ou dix bonnes années de travaux forcés qui, pour un récidiviste aussi remarquable, monteraient vraisemblablement au double.

On se quitta sur cette expectative, Emmeline attendant tout de l'ingéniosité de Gustave ; Gustave remuant déjà des idées sans s'être encore arrêté à aucune d'elles. La peur enlevait à Mme Dalombre toute pitié en même temps que tout sens moral. On lui aurait appris tout à coup que son obstiné cavalier du bal de l'ambassade de Suède était tombé sous un camion dont la roue lui avait passé sur le corps, qu'elle aurait commencé par remercier la Providence du secours inespéré qu'elle lui apportait.