Arch. du Roi Reg. perg. an 1200.

Je ne puis me rendre compte de la raison pour laquelle un grand nombre de savans ont donné à Ceireste le nom de Citharista. Le nom véritable de cette ancienne ville latine tel qu'on le trouve dans les plus anciens écrits est Cesarista, qui signifierait statio cæsaris. De là résulte une si grande différence entre Cesarista et Citharista qu'il est impossible de les confondre, bien que la consonnance paraisse se rapprocher. Je pense donc que quoique la ville de Toulon se nommât Tauroentum, son port prenait le nom de Cithariste. Il n'y a rien en cela qui ne soit parfaitement conforme aux usages anciens. Les ports d'Athènes, de Marseille et autres, s'appelaient d'un nom différent de celui que portaient ces villes. Ma conjecture ne me semble donc pas hors de vraisemblance.

Pourquoi Pline passe-t-il sous silence le nom de la ville à laquelle appartient ce port? C'est que cet écrivain n'a d'autre but, ainsi qu'on en est convaincu en lisant le contexte, que de fixer les lieux les plus apparens de la côte. Or, comme le cap Cicia domine les montagnes des environs de Toulon et qu'il est aperçu de fort loin par les vaisseaux qui sont dans la haute mer, l'intention de Pline était remplie en ne désignant que ce promontoire.

Pline. liv. 3. c. 4.

Pline. liv. 3. c. 4. not. 45.

Essai sur l'his. de Prov. tom. 2. pag. 518.

S'il nous restait quelques doutes sur la place du cap Zao et du port Cithariste, le même auteur va les dissiper. Il nous dit que c'est dans le pays de Camatulliens, liv. 3. cha. 4 Regio Camatullicorum. Il n'est pas un seul écrivain qui place les Camatulliens à l'Ouest de Toulon. Le promontoire Zao et son port Cithariste ne peuvent donc se trouver ni à la Ciotat, ni à Ceireste, ni au Bec de l'Aigle, ni au cap de la Croisette, ni à aucun autre lieu entre Marseille et Toulon. Tous les écrivains, par contraire, placent les Camatulliens à l'Est de cette dernière ville. Les commentateurs même de Pline dans la belle édition in-4.° disent expressément dans la note 45.e du 4.e chapitre: que les Camatulliens occupaient la contrée qui est renfermée depuis la plaine de Toulon jusqu'au golfe de Grimaud, voisin du lieu appelé de nos jours Ramatuelle, dont le nom, selon le P. Hardoin, a une grande conformité avec celui de Camatellans. En effet, de Rama on a fait Rame, Ramer; de même le mot camatos en grec signifie travail dur et pénible. Le pays des Camatulliens ne peut donc être qu'à l'Est de Toulon, c'est-à-dire depuis le terroir de cette ville jusqu'aux environs du golfe de Grimaud. Bouche confirme le même sentiment: les Camatulliciens, dit-il, étaient, depuis Toulon jusqu'à S.t-Tropez. Or puisque de toute la côte depuis Toulon jusqu'à Ramatuelle il n'y a pas de port, ni de promontoire à qui les noms de Zao et de Cithariste puissent convenir mieux qu'au cap Cicia et à son port, et qu'on ne trouve rien qui puisse non-seulement nous donner le moindre doute qu'un autre lieu ait jamais porté ces noms; mais encore qui présente le moindre des caractères que nous avons reconnus au cap Cicia, nous assurons, sans crainte d'errer, que ces noms ne conviennent qu'au cap Cicia et au port de Toulon. Nous voilà donc parvenus à des données qui sont plus que conjecturales sur l'Origine de Toulon, sur son nom ancien et celui de son port.

Cette discussion, à laquelle j'ignore si quelqu'un de mes devanciers s'est livré, jette un grand jour sur la fondation de cette ville, et donne un nouveau poids au vieux M. S. de nos archives dont j'ai parlé plus haut. Voyant à présent que ce qu'il renfermait de moins croyable sur Toulon est devenu presque une certitude, je vais rapporter fidèlement ce qu'il nous dit sur sa fondation, bien persuadé qu'on ne m'allèguera rien qui puisse le contredire victorieusement.

Arch. com. grand rép.

«Toulon fut fondé par les Camatallans ou Camatulliens gens de la haute Allemagne qui abordèrent dans ce port sous la conduite de Talamon, avant la guerre de Troye; la beauté du port, l'abondance et la bonté des eaux qu'ils rencontrèrent au voisinage de leur débarquement, joints à la commodité d'une grande forêt, la douceur du climat et l'étendue de la plaine, déterminèrent ces aventuriers à y établir leur demeure avec d'autant plus de confiance, qu'ils ne doutaient pas que leurs dieux Oreste et Pilade ne les y eussent conduits ... à peine les habitans de cette nouvelle ville eurent-ils commencé à cultiver les terres, que les Anatalans ou Anatalliens les attaquèrent et brûlèrent leurs maisons avant que deux siècles se fussent écoulés.»