Dans le voisinage de Massowah se trouvent plusieurs sources d'eaux thermales. Les plus importantes sont celles d'Adulis et d'Ailat. Pendant l'été de 1865 nous fîmes une petite excursion dans la baie d'Annesley, pour visiter le pays. Les ruines d'Adulis sont à plusieurs milles de la côte, et à l'exception de quelques fragments de colonnes brisées, elles ne renferment aucune trace des premières et importantes colonies. Cette localité est beaucoup plus chaude que Massowah; on ne voyait aucune végétation, ni aucune trace d'habitation sur ces bords désolés. Figurez-vous quelle fut notre surprise, en traversant le même pays an mois de mai 1868, d'y trouver des ports, des chemins de fer, des bazars, etc., etc., enfin, une ville bruyante qui avait surgi an milieu du désert.

Les sources d'Adulis[9] sont seulement à quelques centaines de pas des bords de la mer; elles sont environnées de champs de verdure couverts d'une puissante végétation et sont le rendez-vous de myriades d'oiseaux et de quadrupèdes, qui, matin et soir, arrivent par essaims pour se désaltérer.

A Ailat[10] les sources chaudes surgissent d'un rocher basaltique, sur un petit plateau, entre de hautes montagnes taillées a pic. A sa source la température est de 141 degrés Fahrenheit[11], mais comme ses eaux serpentent le long de différents ravins, elles se refroidissent graduellement jusqu'à ce qu'elles ne différent presque pas des ruisseaux qui coulent des autres montagnes. Elles sont bonnes à boire, et employées par les habitants d'Ailat pour tous leurs besoins usuels; elles sont même très-estimées des Bédouins. A cause de leurs propriétés médicales, un grand nombre de personnes affluent à ces bains naturels, qui naissent an milieu de rochers ravinés et volcaniques, et qui contribuent au soulagement d'une grande variété de maladies. Par ce que j'ai pu recueillir, il paraît qu'elles sont surtout bonnes dans les rhumatismes chroniques et les maladies de la peau. Probablement, dans ces cas, toute espèce d'eaux chaudes agirait de la même manière, vu l'état morbide des téguments chez ces races sales et qui ne se lavent jamais.

La population de Massowah, y compris les villages environnants (autant que j'en puis être certain), s'élève à environ 10,000 habitants. Le peuple de Massowah est loin d'être une race pure; an contraire, c'est un mélange de sang turc, de sang arabe et de sang africain. Les traits sont généralement bons, le nez est droit, les cheveux chez la plupart sont courts et bouclés; la peau est brune, les lèvres souvent épaisses, les dents égales et blanches. Les hommes sont d'une taille moyenne; les femmes sont au-dessous de la moyenne, beaucoup trop petites pour leur grosseur. Au point de vue moral ce peuple est ignorant et superstitieux, n'ayant conservé que quelques-unes des vertus de ses ancêtres, mais ayant gardé tous leurs vices. Il y a une grande différence chez ces hommes entre ceux qui portent le turban et de longues chemises blanches, et les malheureux qui s'occupent des travaux grossiers, qui ne sont ceints que d'un simple tablier de cuir, et vont par bandes à la recherche de leur nourriture et de leur eau. Les premiers vivent je ne suis comment. Ils se donnent le titre de marchands! Il est vrai que trois ou quatre fois par an une caravane arrive de l'intérieur, mais d'ordinaire, sauf une ou deux outres de miel et quelques sacs de jovaree, ils n'apportent rien avec eux. Quelles peuvent être les affaires de cinq cents marchands! Comment la valeur de cinquante francs de miel environ, et 250 à 300 francs de grain peuvent-ils procurer un bénéfice suffisant pour babiller et nourrir non-seulement les négociants eux-mêmes, mais aussi leur famille? C'est un problème que j'ai en vain cherché à résoudre.

Dans les pays orientaux, les enfants, loin d'être une charge pour les pauvres, sont souvent une source de richesses; il en est ainsi du moins à Massowah; les jeunes filles de Moncullou rapportent un joli revenu à leurs parents. J'ai connu des gros et forts compagnons, mais paresseux, se traînant tout le jour à l'ombre de leur hutte, et qui vivaient du charriage de deux ou trois petites filles qui journellement faisaient plusieurs fois le voyage à Massowah, pour porter des outres pleines d'eau. Les porteuses d'eau out en général de huit à seize ans. Les plus jeunes sont assez jolies, petites mais bien faites, leurs cheveux, proprement tressés, tombent sur les épaules. Une petite étoffe de coton, partant de la ceinture jusqu'au genou, est le seul ornement des plus pauvres. Celles qui sont plus aisées portent de plus une autre étoffe gracieusement attachée à leurs épaules comme le plaid écossais. Leur narine droite est ornée d'un petit anneau de cuivre; lorsqu'elles peuvent remplacer le plaid par une chemise ornée de boutons, c'est beaucoup plus estimé; aussi pendant notre séjour, nos boutons furent-ils mis à contribution.

Si nous considérons que Massowah est située sous les tropiques, qu'elle ne possède aucun courant d'eau, qu'elle est entourée de déserts brûlants, et que de plus il y pleut rarement, nous arriverons à cette conclusion que le climat doit en être brûlant et aride.

De novembre à mars, les nuits sont froides et pendant le jour, dans une maison ou sous une tente, la température est agréable; mais du mois d'avril au mois d'octobre, les nuits sont lourdes et souvent étouffantes. Pendant ces mois de chaleur, deux fois par jour, le matin avant le réveil de la brise de mer et le soir lorsqu'elle est tombée, tous les animaux de la création, bêtes et gens, sont saisis d'une sorte d'engourdissement. Le calme parfait qui règne alors vous saisit de crainte et il produit un douloureux effet.

Du mois de mai an mois d'août, il y a de fréquents ouragans de sable. Ils commencent d'habitude à quatre heures de l'après-midi (quelquefois cependant le matin), et leur durée peut varier de quelques minutes seulement à une couple d'heures. Longtemps avant que l'ouragan éclate, l'horizon vers le nord-nord-ouest est tout à fait sombre; un nuage noir s'étend de la mer à la chaîne de montagnes, et, en avançant, il obscurcit le soleil.

Quelques minutes d'un calme profond s'écoulent, puis tout à coup la noire colonne s'approche; tout semble disparaître devant elle, et le rugissement de la terrible tempête de vent et de sable déchaînée sur la terre est vraiment sublime dans son horreur. Le vent chaud et sec qui souffle après le vent de la mer paraît froid, bien que le thermomètre monte à 100 ou 115 degrés. Après la tempête, une douce brise de terre se fait sentir et dure quelquefois toute la nuit. On ne peut se figurer la quantité de sable transportée par ces ouragans. Il est de fait que, pendant la tempête, nous ne pouvions distinguer à une très-courte distance les plus gros objets, comme une tente, par exemple.

Il pleut rarement; seulement en août et novembre il fait quelques ondées.