Cependant, tout a une fin. Avec le Maskal (fête de la Croix) arriva le brillant soleil et l'hiver frais et agréable. Il y avait alors deux mois et demi que nous étions dans les chaînes, et nous nous attendions à chaque instant à recevoir quelque nouvelle réconfortante, qui nous dirait: «Ne craignez rien; nous arrivons.»

Depuis notre arrivée à Magdala, nous n'avions reçu qu'une seule lettre, et plus de six mois s'étaient écoulés sans nouvelles de nos amis et sans aucun rapport quelconque avec l'Europe.

Immédiatement après les pluies, M. Rassam avait réparé et arrangé sa maison, et bâti une nouvelle hutte. M. Rosenthal étant sur le point de nous rejoindre, Samuel obtint pour ce dernier un espace de terrain attenant à notre haie, et il y bâtit, pour cet ami et pour sa famille, une hutte qui fut plus tard entourée par la palissade commune. Samuel m'avait plusieurs fois parlé d'abattre notre vieux godjo, et de bâtir une plus grande demeure; mais je croyais que ce serait du temps perdu, m'attendant, avant quelques mois, à un changement quelconque dans notre position; j'avais aussi une autre raison, c'est que la partie de la vieille enceinte, en face de mon godjo, ne m'aurait alors laissé qu'un pied de terrain. Samuel me promit de faire tous ses efforts pour obtenir que l'enceinte fût reculée si je bâtissais. J'y consentis, et il se mit en devoir de remplir sa promesse; mais il échoua. Cependant, quelques semaines plus tard, un des chefs, que j'avais soigné depuis mon arrivée, dans le premier feu de sa reconnaissance pour sa guérison, prit sur lui d'abattre l'enceinte, et me promit d'envoyer ses hommes pour m'aider.

Tous les matériaux, le bois, les bambous, les peaux de vache, le chaume, furent achetés au bas de la montagne, et, au bout de quelques jours, tout fut prêt. Je le fis savoir à mon malade. Il arriva avec une cinquantaine de soldats, qui, par son ordre, renversèrent l'enceinte et jetèrent à bas mon godjo. Le terrain fut alors nivelé, la circonférence de la hutte tracée avec un bâton, fixé au centre par un bout de corde, et l'on creusa un fossé profond d'environ un pied et demi. Deux gros bâtons furent placés à l'endroit où devait se trouver la porte, et chaque soldat se mit à charrier des branches avec lesquelles les murs furent élevés; on les plaça dans le fossé, et l'espace vide entre elles fut garni avec de la terre qu'on était allé chercher; ils avaient auparavant lié avec des lanières de cuir de vache des branches flexibles transversales, afin de leur conserver la ligne verticale, et la première partie de cette construction fut finie. Quelques jours plus tard, ils revinrent pour faire la charpente du toit et le placer sur les murs; il ne manquait plus que de couvrir de chaume notre demeure pour la rendre habitable. Les serviteurs apportèrent de l'eau et firent de la boue, avec laquelle ils recouvrirent toutes les parois du mur, et, une semaine après que notre godjo eut été démoli, M. Prideaux et moi nous donnâmes notre festin de prise de possession. Les soldats furent très-contents de leur pourboire, et ils arrivaient toujours en grand nombre lorsque nous réclamions leur aide, parce que nous les rétribuions très-largement; pour citer un exemple, les matériaux de notre hutte nous avaient coûté huit dollars, et nous en dépensâmes quatorze pour fêter ceux qui nous avaient aidés. Nous avions à présent sept pieds de terrain chacun; la table pouvait être dressée au milieu et le pliant offert à un visiteur. M. Rassam avait réussi à enduire l'intérieur de sa hutte au moyen d'une pierre sablonneuse et douce, d'une couleur un peu jaunâtre, que l'on rencontre dans le voisinage de l'Amba; nous mîmes aussi nos serviteurs à l'oeuvre, mais nous dûmes auparavant barbouiller nos murs à plusieurs reprises avec de la bouse de vache, afin de faire adhérer l'enduit plus fortement. Nous fûmes très-heureux de l'apparence propre et claire qu'avait notre hutte. Malheureusement, comme elle était placée entre deux enceintes élevées et entourée par les autres huttes, elle était très-sombre. Pour obvier à cet inconvénient, nous coupâmes une partie de la charpente du mur, et nous fîmes quatre fenêtres; c'était certainement une grande amélioration, mais, la nuit, le froid s'y faisait sentir bien vivement. Par bonheur, notre ami Zenab nous donna quelques parchemins; au moyen d'une vieille boîte, nous fîmes quelques cadres grossiers, et le parchemin, préalablement imbibé d'huile, nous servît de vitres.

Nous fûmes obligés de garder une grande quantité de serviteurs, afin de nous préparer ce dont nous avions besoin. Quelques femmes furent chargées de nous moudre notre farine, d'autres de nous apporter l'eau et le bois. Des serviteurs allèrent an marché, ou dans les districts voisins, pour acheter le grain, les moutons, le miel, etc.; d'autres furent employés comme messagers à la côte ou à Gaffat. J'avais avec moi deux Portugais qui faisaient le tourment de ma vie, parce qu'ils se querellaient toujours, qu'ils buvaient souvent, et qu'ils étaient impertinents et paresseux. Les Portugais vivaient dans la cuisine; mais comme ils se battaient sans cesse avec les autres domestiques, et que nous étions ainsi privés de tout secours, parce que nous ne pouvions faire entendre nos ordres, je leur élevai une petite hutte. L'enceinte ayant encore été élargie par le chef, M. Cameron s'était bâti une maison pour lui, et M. Rosenthal en avait élevé une autre pour ses serviteurs; celle de mes Portugais était sur la même portion de terre, et avant la saison des pluies, j'en élevai encore une autre pour mes serviteurs abyssiniens, qui grommelaient et menaçaient de me quitter s'ils étaient obligés de passer encore une saison semblable sous une tente.

Tous ces arrangements nous avaient pris quelque temps; nous avions été contents d'avoir quelque chose à faire, car ainsi les jours passaient plus vite, et le temps pesait moins lourdement sur nous. Notre Noël ne fut pas très-joyeux, et un nouvel an, nous ne nous fîmes pas des souhaits de retour d'années semblables; cependant, nous étions plus accoutumés à notre captivité, et, sous certains rapports, bien plus confortablement établis.

Notes:

[22] La forteresse.

[23] D'après M. Markham.

XIII