Pour nous résumer, tel était l'état des différents partis quand l'orage éclata sur la tête de l'infortuné M. Stern, M. Bell et M. Plowden, les seuls Européens qui aient eu quelque influence sur l'esprit de l'empereur, étaient morts. Les gens de Gaffat travaillaient pour le roi, et naturellement se trouvaient souvent en sa présence, ce dont ils profitaient pour l'entretenir en amis de leurs sentiments envers M. Stern et la mission de Djenda. Pendant ce temps, le capitaine Cameron et ses gens étaient retenus à Gondar, et ne pouvaient être informés des différends qui, malheureusement, divisaient les autres Européens.
Notes:
[6] Interprète, généralement donné aux étrangers pour remplir le rôle d'espions.
[7] Evèque abyssinien.
[8] Il mourut à Gaffat au commencement de 1865.
III
Emprisonnement de M. Stern.—M. Kérans arrive avec des lettres et un tapis.—M. Cameron et ses compagnons sont chargés de chaînes.—Retour de M. Bardel du Soudan.—Procédés de Théodoros vis-à-vis des étrangers.—Le patriarche cophte.—Abdul-Rahman-Bey. La captivité des Européens expliquée.
Tel était l'état des affaires, lorsque M. Stern obtint la permission de retourner à la côte. Malheureusement il lui fut impossible de se servir de cette permission. M. Stern, avant son départ, fut passer quelques jours à Gondar. Il eut la pensée, mais trop tard, d'aller présenter ses respects à Sa Majesté. Pendant son court séjour dans cette ville, il avait accepté l'hospitalité de l'évêque. Le 13 octobre, le consul Cameron et M. Bardel l'ayant accompagné une partie du chemin, il entreprit son voyage de retour. En arrivant dans la plaine de Waggera, M. Stern aperçut la tente royale. Ce qui se passa ensuite est très-connu: comment cet homme malheureux fut presque mis à mort, et, dès cette heure, sans aucune pitié chargé de chaînes, torturé et traîné de prison en prison, jusqu'au jour de sa délivrance à Magdala par l'armée britannique.
A propos de la conduite de Théodoros vis-à-vis des étrangers, je dois à la vérité de faire connaître la cause des malheurs survenus à M. Stern. Il fut la victime des circonstances: c'est un fait incontestable. Les extraits de son livre et les notes de son journal, produits comme charge contre lui, furent seulement découverts plusieurs semaines après les premières cruautés qui lui avaient été infligées. Mais je crois que plusieurs incidents, en apparence insignifiants, contribuèrent à faire de M. Stern la première victime du monarque abyssinien. L'empereur ne pouvait supporter la pensée qu'un Européen dans son pays fût occupé à autre chose qu'à travailler pour lui. A sa première entrevue avec M. Stern, au retour de celui-ci en Abyssinie, Théodoros, apprenant le vrai motif de ce voyage, s'écria dans un mouvement de colère: «J'en ai assez de vos Bibles.» De plus, Théodoros pensait qu'en maltraitant M. Stern, il ferait plaisir à ses enfants de Gaffat. Aussi, immédiatement après l'emprisonnement de M. Stern, leur écrivait-il: «J'ai enchaîné votre ennemi et le mien.»
Ce furent les méchantes insinuations des gens de Gaffat qui déterminèrent la conduite de Théodoros. Nous en avons eu accidentellement la preuve à notre retour d'Abyssinie. A Antalo, j'avais quelques amis à dîner, parmi lesquels M. Stern, lorsque le soir, Pierre Beru, Abyssinien élevé à Malte, et qui avait été un des interprètes du livre de M. Stern dans son procès à Gondar, entra dans la tente, et étant un peu excité, il dit à M. Stern que trois choses avaient appelé sur lui la vengeance de Théodoros. Premièrement, la haine des gens de Gaffat; secondement, l'amitié qu'il avait témoignée à l'Abouna; troisièmement, son manque d'égards vis-à-vis de l'empereur pendant son séjour à Gondar.