Quand nous rentrâmes, un peu ragaillardis par cette agitation, nous trouvâmes à la porte Mariette, la cuisinière, fort irritée et indignée. Elle nous servait depuis plus de vingt ans et ne se gênait avec personne. Le petit médecin qui, jadis, m'avait visité pendant ma pleurésie, avait tenté de lui mettre un louis dans la main en la priant de donner son nom et son adresse aux malades, aux clients qui continuaient d'affluer à la maison, et d'un geste vif elle lui avait jeté son or à la tête.
—Le vilain individu! certifia tante Dine qui de l'escalier saisit l'aventure. Ah! ils sont bien tous les mêmes!
Et je cessai de nier l'existence de ces ils qui nous entouraient et nous savaient menacés.
Un peu plus tard dans la soirée, et guère avant l'heure du dîner, comme on sonnait, j'allai ouvrir, pensant que peut-être mon frère Etienne, prévenu la veille, nous arriverait de Rome. Je reconnus en face de moi, dans l'ombre, —car la lampe du vestibule n'éclairait que faiblement au dehors, —l'un de nos pauvres habituels, ce Oui- oui, au chef toujours branlant. Je le savais survivant, tandis que la Zize Million avait emporté dans la tombe ses rêves de fortune. Pourquoi venait-il un autre jour que le samedi réservé aux aumônes?
—Attendez, lui dis-je, je vais chercher de la monnaie.
Mais il me retint par le bras presque familièrement.
—Oui, oui, commença-t-il. C'est pas ça.
—Et quoi donc?
—Oui, oui, il m'a guéri, vous comprenez. Alors, c'est pour savoir, oui, pour savoir comment il va.
Reconnaissant, il accourait aux nouvelles. Je me radoucis pour lui répliquer: