Ils ne visait plus les médecins, mais le monsieur de Paris et d'autres acquéreurs qui s'étaient présentés pendant que nous travaillions au collège. De son bras levé, elle nous montrait la fuite de cette troupe dispersée.
Elle nous conduisit, d'un pas rapide malgré l'âge, dans la salle de musique où la famille s'était réunie, sauf grand-père qui sans doute n'avait rien changé à ses habitudes de promenade et qui probablement ignorait notre salut. Mariette nous suivit à une distance respectueuse : son ancienneté lui donnait droit à un rang dans le cortège.
Ma mère, très émue, caressait les cheveux de mes deux soeurs aînées, que la joie, comme le chagrin, faisait pleurer. Mais je n'attachais pas d'importance aux larmes de mes soeurs qui en répandaient pour des riens. Mon père, debout, appuyé au dossier de la chaise où ma mère était assise, souriait. Je ne lui avais jamais vu le visage aussi rayonnant. Et par la fenêtre, en arrière du groupe, le soleil entrait comme un invité de marque.
—L'écriteau n'y est plus, répéta Bernard sans saluer personne.
—Oui, dit mon père, nous gardons la maison.
Et comme notre enthousiasme allait déborder, il ajouta:
—Vous le devez à votre mère, et aussi à votre tante Bernardine.
Celle-ci, dont les joues parcheminées s'empourprèrent rien que parce qu'on avait parlé d'elle quand elle-même ne gardait ni ses pensées ni ses biens et se dépouillait ainsi naturellement tous les jours, refusa l'éloge avec une mâle énergie:
—Quelle plaisanterie, Michel! Pour une signature de rien du tout! Il ne faut pas égarer ces enfants.
Ma mère l'approuva sans retard: