Adieu, boutiques et visages! Nous n'avions pas marché dix minutes, qu'il imagine de quitter la grand'route où nous cheminions à l'aise, bien gentiment, sans nous presser, pour prendre un sentier de traverse qui s'en allait à l'aventure parmi les champs.
—Vous vous trompez, grand-père.
—Pas du tout. Mon petit, je déteste les routes.
Ah! mais, il commençait de me surprendre beaucoup plus que lorsqu'il descendait à la salle à manger avec son bonnet grec et sa robe de chambre. J'avais toujours pensé que les routes étaient faites pour qu'on s'en servit, et il les méprisait. Pourtant on ne pouvait pas s'en passer quand on sortait.
Le sentier à peine tracé que nous suivions nous obligea à nous dédoubler. Je passai devant, en éclaireur. D'un côté, poussait du froment déjà haut, et de l'autre, des avoines légères qui tremblaient sur leurs minces tiges. Je connaissais, par l'enseignement du fermier, les cultures de la terre. Avoine et blé se rejoignirent bientôt fraternellement devant moi.
—Grand-père, il n'y a plus de chemin.
C'était à prévoir. Notre sentier se perdait. Grand-père, tranquillement, me devança, parut s'orienter, huma le vent, écrasa quelques graminées et parvint à une haie qu'il franchit avec une aisance étonnante pour son âge.
—Mon petit, me déclara-t-il en m'aidant à traverser à mon tour, j'ai horreur des clôtures.
Notre association commençait bien. Point de routes, point de barrières. Nous entrâmes bientôt dans un bois de châtaigniers qui ne ressemblait pas à l'assemblée de quatre ou cinq arbres dont s'enorgueillissait notre enclos. C'était, sur nous, une voûte épaisse que les troncs et le jet des branches supportaient comme des piliers colossaux. Je vis grand-père se pencher et cueillir dans la mousse un champignon pareil à une petite ombrelle blanche grande ouverte.
—C'est, me dit-il, une espèce d'amanite. On la croit dangereuse quand elle est comestible (pour me le prouver, il la goûta). Ce n'est pas encore la saison. Je t'apprendrai à connaître tous ces cryptogames. Il y en a très peu de mauvais. La nature est bonne et ne nous veut aucun mal. Ce sont les hommes qui la gâtent. Je connais un curé qui vit de bolets Satan et n'en est pas incommodé.