A de grandes distances, deux pinsons se répondaient régulièrement. Le plus éloigné reprenait en sourdine le couplet que l'autre lançait à plein gosier. D'arbre en arbre, celui-ci se rapprocha de nous. Je le vis, et mon oeil rencontra le sien, tout petit et tout rond. Comme je ne bougeais pas, il resta. Mais que pouvaient être ces coups sourds et répétés? Les piverts aiguisaient leur bec contre les troncs. De longues bandes de clarté se glissaient çà et là, à travers les intervalles des branches, jusqu'au sol: dans leur rayonnement où le découpage des feuilles s'accusait, des toiles d'araignées se balançaient, dont je distinguais les moindres fils, et des guêpes bourdonnaient en dansant. Je finissais par entendre remuer l'herbe. C'était le travail secret de la terre sous l'action de la chaleur. Je découvrais une vie que je n'avais pas soupçonnée.

—Grand-père, quel est ce cri? demandai-je à voix basse.

—Ce doit être un lièvre. Cachons-nous et peut-être, si tu es sage, ne tarderons-nous pas à le voir.

Sur ce dialogue, nous nous coulâmes tous les deux derrière un buisson. Je ne connaissais les lièvres que pour en avoir mangé en de rares et fastueuses occasions, bien que tante Dine déplorât qu'on donnât du civet aux enfants, à cause des serviettes et des joues maculées. De nouveau le cri retentit, et cette fois plus près de nous.

—Il appelle sa hase, m'expliqua grand-père.

—Sa hase?

—Oui, sa femme. Tais-toi.

C'était un doux appel, langoureux et tendre infiniment. De très loin nous parvint un appel semblable, à peine distinct. D'un bout à l'autre du bois, le duo s'engageait. Et je pressentais que les bêtes, comme les hommes, désirent de se voir et de se parler. Tout à coup, là, devant moi, traversant l'allée, je vis deux longues oreilles et une petite boule de corps brun qui semblait vouloir passer par-dessus. Sur la lisière le lièvre s'arrêta, attendit la voix lointaine qui le guidait, poussa de nouveau sa plainte déchirante et se perdit dans les taillis voisins. Il courait rejoindre sa compagne, mais j'avais eu le temps de le bien examiner.

Une autre fois, ce fut un renard. De son museau pointu il dut nous flairer, car il s'enfuit la queue dans les jambes, à toute allure. Instruit par les fables de La Fontaine et par les Scènes de la vie des animaux, je prévins grand-père que c'était une ruse et qu'il serait prudent de déguerpir.

—Tu es stupide, assura-t-il. Le renard est inoffensif.