—Mais non, petit nigaud, les peuples de pasteurs dormaient à la belle étoile. C'est plus hygiénique.
Abraham, quand il s'en allait dans la terre de Chanaan, devait dormir à la belle étoile, et de même les bergers que nous avions rencontrés menant leurs moutons à la montagne.
Nous revînmes aussi en pèlerinage au pavillon que je devais appeler le pavillon d'Hélène, et l'on nous revit ensemble, de temps à autre, au Café des Navigateurs, de sorte que je ne perdis pas entièrement contact avec mes amis.
J'entrais dans ma quatorzième année, je crois, à moins que ce ne fût un peu plus tard, lorsque la ville fut le théâtre de grands événements. Par le moyen des élections, on entreprit le siège de la mairie, et le cirque Marinetti installa sa tente et ses roulottes sur la place du Marché. Je ne sais lequel de ces deux faits inégaux eut pour moi le plus d'importance.
A la maison, avec les préoccupations nouvelles de notre avenir, le ton de la conversation devenait plus grave. Plus d'une fois je surpris mon père et ma mère qui s'entretenaient mystérieusement de la majorité de Mélanie:
—Le moment approche, disait mon père. J'ai promis. Je tiendrai ma promesse. Mais ce sera dur.
Et ma mère de répondre:
—Dieu le veut. Il nous donnera la force nécessaire.
Cependant elle montrait, moins que mon père, de la tristesse quand elle parlait de ma soeur. De quelle promesse s'agissait-il et qu'est- ce que Dieu voulait? Je me souvenais bien de la gravure de la Bible qui représentait le sacrifice d'Isaac, mais, depuis la messe manquée, j'étais moins crédule aux exigences de Dieu.
Mélanie fréquentait l'église, visitait les pauvres et répandait de l'eau sur sa brosse le matin afin d'aplatir plus vite ses cheveux blonds qui bouclaient naturellement et refusaient de se réduire en bandeaux. Je savais ces détails par tante Dine, qui ne cessait de répéter: